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Profession de foi et biographie d'Hervé MORIN

22/05/10
Profession de foi d'Hervé Morin

« Le printemps du Centre »



Mes chers amis,

Jamais profession de foi n’aura mieux porté son nom. Oui, c’est bien la foi qui nous porte aujourd’hui. Oui, c’était bien la foi qui nous portait en ce mois de mai 2007, alors que la petite flamme centriste semblait devoir s’éteindre. La décision du président de l’UDF d’alors de ne pas appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle signifiait en effet l’arrêt de mort de notre famille politique.

Nous n’étions qu’une poignée de députés UDF, une vingtaine, et nous avons décidé de dire non à cette fatalité car nous voulions prendre une part active à la modernisation du pays. Tel était notre devoir. Nous avions trop souvent regretté l’immobilisme de Jacques Chirac pour ne pas participer à l’effort de redressement de la France.

En quelques heures, les statuts du Nouveau Centre étaient rédigés. En quelques jours, nos candidats pour les élections législatives étaient désignés. Le résultat fut au-delà de nos espérances. Dès la rentrée parlementaire de 2007, 23 députés Nouveau Centre se rassemblaient derrière François Sauvadet pour former un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Au même moment, dans toute la France, des centaines d’élus locaux choisissaient de rejoindre notre toute jeune formation. Une formidable espérance renaissait chez tous les militants.

LE CENTRE EST DE RETOUR DANS LA VIE POLITIQUE

Aujourd’hui, le Nouveau Centre est un parti politique fier de son indépendance, fier de ses 13 000 adhérents, de ses 93 fédérations en ordre de marche, fier de ses 40 parlementaires et fier de ses 2 000 élus locaux, dont 80 nouveaux conseillers régionaux depuis mars 2010. En moins de trois ans, nous avons retrouvé un maillage territorial de militants et d’élus quasi-identique à celui de l’UDF en 2004.

Ce résultat, c’est le fruit de notre travail à tous. Au-delà des chiffres d’élus et d’adhérents, si importants pour l’avenir d’une formation politique, je veux avant tout retenir aussi le formidable enthousiasme dont vous avez fait preuve dans la construction de notre parti. Ce dynamisme, cet esprit d’équipe qui a impressionné jusqu’à nos partenaires aussi bien lors des élections européennes que régionales, c’est notre capital le plus précieux.

Nous devons conserver cet état d’esprit de pionniers tout en poursuivant notre croissance. Oui, je voudrais que les Français se disent quand ils parlent du Nouveau Centre: « voici un parti où il y a de l'air, de l'oxygène, de la vie ». Et donc de l’espoir.

Je sais qu’il vous en a coûté, comme à moi, de ne pas partir seuls lors des derniers scrutins et plus encore aux régionales. Mais cette stratégie d’alliance murement réfléchie et pleinement assumée, était la seule possible. Je persiste et je signe. Nos électeurs n’auraient pas compris qu’ensemble au Gouvernement et au Parlement, alliés dans les majorités locales, au coeur d’une crise économique mondiale, nous partions divisés aux régionales. J’ajoute que notre choix fut le bon, puisque nous avons permis à 80 des nôtres d’entrer dans les conseils régionaux et de continuer ainsi la reconstruction de notre encadrement régional. C’est vrai, cette stratégie d’union au premier tour a eu un prix : le manque de visibilité et d’identification de notre mouvement, mais c’était le prix à payer pour asseoir le Nouveau Centre dans la vie politique française. Pour nous, c’est aujourd’hui le « printemps du centre ».

NOTRE FAMILLE POLITIQUE S’INSCRIT PROFONDEMENT
DANS LE PATRIMOINE POLITIQUE DE NOTRE PAYS


Ce « printemps du centre » est d’abord la confirmation qu’au plus profond de notre culture politique, la droite s’exprime à travers plusieurs familles. Notre famille de pensée humaniste, modérée et européenne, est l’alliée naturelle de la droite. Elle porte l’héritage de plusieurs grandes et profondes écoles de pensée: le libéralisme politique de Tocqueville (pointant la nécessité des contre-pouvoirs et donc de corps intermédiaires, la défense des libertés individuelles et collectives), le radicalisme d’Alain (on ne laisse pas l’individu seul face à l’Etat), le solidarisme de Léon Bourgeois et bien sûr la démocratie-chrétienne d’Emmanuel Mounier (le personnalisme, le progrès social et l’idée européenne).

Qu’est-ce que le Centre, sinon la modération et l’apaisement, l’appétence pour les questions de société, une indéfectible culture de la tolérance, la sagesse budgétaire, une certaine méfiance à l’égard des excès de l’Etat comme de ceux du marché, l’idéal européen, le rêve fédéraliste.

CONSTRUISONS ENSEMBLE UN CENTRE-DROIT
UTILE A LA MAJORITE ET NECESSAIRE A LA DEMOCRATIE FRANÇAISE


Pour moi, les choses sont claires depuis l’origine et expliquent mon désaccord fondamental avec François Bayrou, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007 : la famille centriste n’est pas située nulle part, elle n’est pas à géométrie variable. Elle est à droite, hier alliée au RPR, aujourd’hui alliée à l’UMP. Ceux qui soutiennent le contraire dissimulent la vérité, par calcul ou par défaut de convictions. Quand on porte la construction politique de l’Europe, la tempérance fiscale, la bonne gouvernance de l’Etat, la liberté d’entreprise et le principe de responsabilité individuelle, les alliances sont à droite ; elles ne sont pas avec le PC, la gauche de Mélenchon et le PS. Le centre n’est pas le parti de la godille, un coup à droite, un coup à gauche. Il n’est pas non plus en lévitation dans un improbable ailleurs politique au milieu de nulle part. Il est allié avec ceux dont le socle de valeurs est le plus proche.

Réalité idéologique, le centre est aussi une puissante réalité électorale de la Ve République. A toutes les élections présidentielles, depuis Jean Lecanuet en 1965, les centristes ont présenté leur candidat avec des scores de premier tour souvent situés entre 15 et 20% des suffrages. Et contrairement à une idée véhiculée lors de la création de l’UMP, la concurrence au premier tour a le plus souvent conduit à la victoire. De 1958 à 1981, nous avons toujours gagné. Puis en 1986. Certes, François Mitterrand est réélu président en 1988, du fait de la cohabitation. Mais nous regagnons en 1993, en 1995, en 2002 et en 2007. A chaque fois avec une pluralité de candidats. A chaque fois l’un au moins de ces candidats représentait le centre. Ce que certains appellent division, j’appelle cela richesse et diversité.

Ce n’est pas le multipartisme qui nous a fait perdre mais notre incapacité à porter la nécessaire transformation de la société française pour relever les défis de la mondialisation.

Nous sommes utiles à la majorité mais nous sommes aussi nécessaires à la démocratie française. J’ai la conviction qu’une offre politique diversifiée est un atout pour atteindre la bonne réforme et prendre la juste décision. Au sein de la majorité parlementaire comme au sein de l’exécutif. Le débat entre partis associés n’est pas une contrainte, c’est au contraire un facteur de sagesse, un gage d’efficacité, l’assurance de pouvoirs équilibrés.

PARTAGEONS ENSEMBLE UN HUMANISME MODERNE

Depuis plusieurs mois, nous portons le projet d’une France apaisée. C’est un projet essentiel, vital, dans un monde qui pousse à la confrontation, en des temps difficiles où certains sont tentés de chercher des boucs émissaires et d’opposer en permanence les Français les uns aux autres :
– les agriculteurs aux écologistes, comme si les uns et les autres n'aimaient pas la terre ;
– les patrons aux salariés, comme si les uns et les autres n'étaient pas nécessaires au dynamisme et à la vitalité de nos entreprises;
– les fonctionnaires aux salariés du secteur privé, comme si le privé n'avait pas besoin du secteur public pour se développer et comme si la fonction publique n’avait pas besoin du secteur privé pour créer des richesses ;
– les policiers aux magistrats, comme si nous n'avions pas besoin des uns et des autres pour assurer la sécurité de nos compatriotes.

Ce souci de l’apaisement et de la modération n’est en aucun cas un renoncement. Au contraire. Face à des problèmes très lourds (les retraites, la dette, la sécurité, l’éducation…) et dans le contexte d’une France terriblement anxieuse, nous devons promouvoir un mode de décision collective, et découvrir un chemin qui associe les talents au lieu de les élever les uns contre les autres.

Au projet d’une société apaisée, doit également correspondre la vision d’une société de la reconnaissance. Depuis quinze ou vingt ans, la référence absolue de notre société est celle de l'argent, du profit facile et du gain immédiat sans lien avec l'économie réelle. Les Français qui exercent des fonctions pourtant majeures au sein de notre société ont un sentiment profond de déclassement ; ils ne se sentent pas reconnus comme ils devraient l’être : je pense en particulier aux professions de santé, aux agriculteurs, aux artisans, au monde de la culture, de l’éducation et de la recherche ; de même qu’il nous faut aussi mieux reconnaître l’esprit d’entreprise, le goût du risque, l’audace et la créativité qui génèrent de la croissance, du progrès et des emplois.

L’humanisme moderne c’est également, face aux grandes évolutions de la société, un esprit d’ouverture et de modernité qui est consubstantiel aux centristes. Souvenons-nous des grandes réformes de Valéry Giscard d’Estaing : l’IVG, le vote à 18 ans, la saisine du juge constitutionnel par les parlementaires, la loi sur le handicap, la revalorisation du minimum vieillesse…

Le centrisme est la réponse aux exigences de nos sociétés modernes, subtiles et complexes. Là est ma conviction. Les marqueurs sociaux traditionnels persistent, mais ils ne permettent plus de dégager des majorités sur leurs seules bases. On est de gauche, mais on aspire à la sécurité avec autant de force qu’un électeur de droite. On est libéral, mais on comprend qu’un service public de qualité est indispensable à la libre-entreprise et à la croissance. Notre démocratie n’est pas binaire et le centre permet justement de dépasser des clivages souvent artificiels.

L’humanisme moderne, c’est aussi une préoccupation constante à l’égard des générations futures. Cela commence par la responsabilité budgétaire qui, depuis Raymond Barre, est notre marque de fabrique. Elle explique que nous soyons encore et toujours à la pointe du combat sur la question de la dette et des déficits publics. Nous voulons en effet porter l'idée d'une société responsable, en partant du constat simple que l’on ne pourra continuer indéfiniment à creuser le trou de la dette. Les 50 milliards d’euros de déficit – hors crise – représentent la totalité des budgets de la culture, des affaires étrangères, de la justice, de l’Intérieur, de la Ville et des Sports. Cela démontre quelles marges de manoeuvre nous pourrions avoir si nous étions plus rigoureux ! C’est pourquoi l’inscription de la « règle d’or » dans la Constitution, c’est-à-dire l’interdiction des déficits de fonctionnement, sera l’une de nos priorités pour les échéances électorales futures.

Enfin, soyons aussi les promoteurs d’une vision plus mondiale que nationale des problèmes, plus prospective que nostalgique. Notre goût pour la commémoration plus que pour l’invention du futur témoigne de notre angoisse. Le Nouveau Centre doit être moteur d’une mondialisation plus positive, qui ne se résume pas aux modèles américain ou chinois, et d’une projection plus forte vers l’avenir avec ses espoirs et ses défis (numérique, vieillissement, laïcité, énergie…).

Les Européens ont inventé le plus beau des modèles : la coopération solidaire entre les Etats fondée sur le droit. C’est ce modèle que nous devons à la fois enrichir et exporter au monde, dans l’esprit de Jean Monnet et de Robert Schuman, ces deux bâtisseurs de paix, de démocratie et de prospérité.

La richesse de nos valeurs est un actif pour le temps présent. A nous de savoir faire fructifier ce formidable capital.

NOTRE FEUILLE DE ROUTE POUR 2012


L’heure est d’abord au rassemblement des centristes. Telle est ma tâche aujourd’hui. Une dynamique d’ouverture et de rassemblement est en cours. En décembre 2009, Anne-Marie Idrac et Hervé de Charette nous rejoignaient. Il y a quelques semaines, le 25 mars 2010, c’était au tour de Jean Arthuis et de Nicolas About de lancer à nos cotés un appel au rassemblement de la famille centriste. Et je sais aussi que, chaque semaine, de nombreux élus locaux se rapprochent de notre formation, séduits par le travail accompli dans nos fédérations.

Notre parti doit se structurer davantage pour participer en tant que tel à l’élection présidentielle de 2012. Mais ne nous y trompons pas : notre légitimité viendra de notre projet et de notre capacité à nous différencier. Progressivement, grâce aux débats et à chacune de vos contributions, nous construisons ensemble l’architecture de notre projet. Société de la reconnaissance face aux incompréhensions et aux inégalités, société de l’apaisement face aux divisions et aux conflits, société de l’espérance aussi. Les deux tiers des Français disent ne plus croire en la politique. Nous devons les reconquérir et leur présenter un projet mobilisateur. Cet effort doit nous permettre d’être présents lors de la prochaine élection présidentielle. J’ai parfaitement conscience du chemin qu’il nous reste à parcourir, mais y renoncer signifierait pour nous disparaître.

Mes chers amis,

Un espoir est né au centre. Ne le décevons pas. En proposant cette feuille de route pour les prochains mois, j’ai la certitude d’être fidèle à notre héritage centriste et à l’espérance que porte chacun d’entre vous. J’ai aussi la conviction d’être fidèle et utile à la majorité. Additionnons nos talents et nos forces plutôt que de les réduire dans d’obscures synthèses. Laissons parler nos coeurs et nos convictions plutôt que de les enfermer dans des programmes communs tristes et disciplinés.

En me présentant à nouveau à vos suffrages pour assurer la présidence du Nouveau Centre, j’ai pleinement conscience des responsabilités qui seront les miennes. Aucune ambition personnelle ne dicte cette candidature. Mon unique motivation, c’est mon pays et c’est vous. La certitude que notre pays n’est pas condamné aux difficultés qu’il traverse depuis tant d’année, même si les transformations engagées depuis 2007 doivent nous permettre de redevenir optimistes. La certitude aussi de pouvoir compter sur vous tous, sur votre énergie, sur votre engagement au service de nos valeurs et de notre pays. Vive le printemps du centre!

Hervé MORIN



Biographie d'Hervé Morin
 
Hervé Morin est né le 17 août 1961 à Pont-Audemer (Eure). Il est issu d’une famille enracinée dans le terroir normand.
Après des études à Caen, puis à Paris (diplôme de l’IEP de Paris, maîtrise de droit public), il est devenu administrateur des services de l'Assemblée nationale (1987-93 et 1998). Il a été également chargé de cours à l'université Paris V-René Descartes (1989-95).
Il est entré au ministère de la Défense en 1993, comme conseiller technique chargé des relations avec le Parlement, des affaires domaniales et des questions d'environnement au cabinet de François Léotard, ministre d'Etat, ministre de la Défense. De 1995 à 1997, il a été chargé de mission auprès de François Léotard, député du Var et président de l'UDF.
Son parcours politique a démarré parallèlement : il est entré au conseil municipal d’Epaignes en 1989, dont il est devenu maire en 1995. Il a appartenu au conseil général de l’Eure de 1992 à 2004. Il a été élu député pour la première fois le 29 novembre 1998, dans la 3ème circonscription de l’Eure, succédant à Ladislas Poniatowski. Il est réélu le 16 juin 2002, inscrit au groupe de l’Union pour la démocratie française (UDF), qu’il a présidé jusqu’en 2007. Il est également conseiller régional de Haute-Normandie depuis 2004, réélu en mars 2010. Il œuvre à la réunification de la Normandie, au sein de l'Association pour la Réunification de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie, qu’il préside depuis 1999.
Nommé ministre de la défense en mai 2007,  il est  Président du Nouveau Centre, parti qu’il a fondé dans la lignée de l’UDF au lendemain de l’élection présidentielle de 2007.
Passionné de chevaux, il s’intéresse également à l’histoire.

 

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