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Pour une meilleure reconnaissance des personnes en situation de handicap

Hervé Morin a effectué jeudi 26 janvier un déplacement à Bordeaux sur le thème du handicap. Il a visité l’association PRESTA située à Bègles, qui œuvre à l’insertion professionnelle des personnes handicapées.

A l’issue d’une table ronde au cours de laquelle il a rappelé ses actions menées en faveur des personnes handicapées lorsqu’il était ministre de la Défense (passage de 5% à 7% du taux d’emploi de personnes handicapées au sein des armées et plan de recrutement de 150 personnes handicapées chaque année), Hervé MORIN a détaillé ses propositions en faveur d’une meilleure reconnaissance des personnes en situation de handicap.


1.    Changer notre regard sur le handicap : les personnes handicapées ne sont pas des quotas !
Faire de la personne handicapée l’actrice de sa propre vie, et non la spectatrice d’une vie qu’on lui construit

La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a constitué une véritable avancée pour améliorer la situation des  personnes handicapées, leur accorder un droit à une  compensation individualisée de leur handicap,  reconnaître toute leur place dans la société et  leur permettre l’égal accès de tout à tous. Pour autant, de nombreux progrès restent à faire, à commencer par notre regard sur le handicap, qui doit changer. Car lorsque l’on évoque le handicap, on se cantonne souvent aux montants des allocations, aux structures d’hébergement insuffisantes et à l’inaccessibilité des lieux publics. Tout cela est vrai, malheureusement, mais ce n’est pas tout.
Ce qu’il faut avant tout, c’est rendre la personne handicapée actrice de sa propre vie, et non spectatrice d’une vie qu’on lui construit
Il faut soutenir les initiatives innovantes, à l’instar du projet porté par l’association Simon de Cyrène qui a construit une « maison-relais » unique en France où vivent ensemble, sous le même toit, des personnes valides et des personnes handicapées. De telles initiatives permettent de développer de nouvelles solidarités ne reposant pas sur des impôts et des allocations, mais sur le lien humain.
 
 
2.    Créer un revenu spécifique d’existence pour les personnes handicapées ne pouvant travailler
Les personnes handicapées qui ne sont pas en capacité de travailler vivent dans une situation matérielle et financière précaire.

Actuellement, la détermination des ressources des personnes handicapées n'est pas satisfaisante, qu'il s'agisse de l'accès au complément de ressources (qui exige une capacité de travail inférieure à 5 % et un logement indépendant) ou de la détermination de l'incapacité de travail qui s'appuie uniquement sur des critères médicaux.

La création d’un revenu spécifique d’existence, indexé sur le SMIC pour les personnes handicapées ne pouvant travailler, et qui ne soit pas conditionné aux ressources du conjoint jusqu’à un certain niveau de revenus, permettra une meilleure insertion des personnes handicapées et constitue une réponse à l’empilement des dispositifs existants.

   
3.    Poursuivre l’effort de scolarisation des enfants handicapés
Seulement 4% des enfants handicapés atteignent le Baccalauréat. L’insertion des personnes handicapées, cela commence dès l’école avec pour priorité la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire, dans les mêmes établissements que les enfants valides dès lors que cela est possible, avec les adaptations nécessaires de notre système scolaire et éducatif.

Pour soutenir le mouvement de scolarisation des enfants handicapés, à l’instar  de ce qui se pratique notamment dans les pays du Nord de l’Europe, il est proposé :
 
•    La professionnalisation des Auxiliaires de vie social (AVS) et à la création d’une véritable filière de formation diplômante, en lien avec les associations,  permettant aux personnes choisissant l’accompagnement des enfants handicapés de pouvoir évoluer vers les différents métiers du handicap.

•    La spécialisation de certains AVS, notamment pour la prise en charge de handicaps spécifiques, tels que les TED (Troubles Envahissant du Développement) et l’autisme. Repérés et accompagnés précocement, ces troubles peuvent être maîtrisés et permettre un parcours en milieu ordinaire.


4.    Favoriser l’accès des personnes handicapées au marché du travail
Autant que l’accès à l’école, c’est aussi une meilleure orientation au cours du cursus scolaire qui est indispensable pour que les personnes handicapées soit formées à des métiers qui répondent aux attentes des entreprises. Car en France, le taux d’emploi des personnes handicapées n’est que de 32 % contre 45% en moyenne en Europe. Et les travailleurs handicapés en milieu protégés ne gagnent que 55 % du SMIC pour 35h par semaine.
Selon le rapport 2010 du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), le taux de chômage des personnes handicapées s'élève à 19,1 % contre 9,5 % pour les demandeurs d'emploi valides. 81 % des personnes handicapées ont un niveau de formation inférieur au Baccalauréat.

Si les entreprises rencontrent souvent des difficultés pour recruter des personnes en situation de handicap, c’est notamment parce que leur formation ne correspond pas aux besoins du marché. Les entreprises ont besoin de salariés de plus en plus formés, et il est parfois difficile de trouver des personnes en situation de handicap diplômées à bac + 2. C’est pourquoi il faut aussi permettre leur intégration dans les universités et développer les formations des personnes handicapées dans les métiers de demain, dans les nouvelles technologies par exemple. 

•    Aider les personnes handicapées à créer leur entreprise, par la création d’une aide spécifique et d’un suivi personnalisé à la création d’entreprise.

•    Améliorer l’accès des travailleurs handicapés à la formation en améliorant l'accessibilité des lieux de formation et des formations et en garantissant une rémunération des travailleurs handicapés en formation.

•    Apporter une aide spécifique aux TPE et aux PME qui emploient des personnes handicapées pour financer l’amélioration de l’accessibilité des lieux de travail.


5.    Développer la sous-traitance avec le secteur protégé et adapté
Rendre obligatoire une partie des achats au secteur protégé et adapté, dans le cadre de « marchés publics solidaires »   est aussi un moyen de soutenir  l'insertion et le maintien des travailleurs handicapés dans le monde professionnel et la vie active. 

De plus, l'achat de prestation au secteur protégé et adapté participe à la sensibilisation de l'ensemble des salariés de l'entreprise au sujet du handicap, qu'ils soient en position de donneur d'ordre ou d'utilisateurs.

6.    Faciliter l’accès aux prêts bancaires des personnes handicapées
Il est très fréquent que les portes des banques se ferment quand une personne handicapée souhaite emprunter pour financer un projet de vie. Il y là une double peine qui n’est pas acceptable.

La loi doit être modifiée pour faire obligation aux établissements bancaires de prêter aux personnes handicapées. 

7.    Garantir l’objectif de mise aux normes d’accessibilité des lieux publics et des moyens de transports collectifs à échéance de 2015

Au plus tard, le 1er janvier 2015, tous les établissements recevant du public et les moyens de transports collectifs existants doivent être rendus accessibles à tous types de handicaps : moteur, sensoriel, mental et psychique.

Pour atteindre cet objectif, il est proposé la création d’une mission nationale d'accompagnement et de suivi de la mise en accessibilité. Cette mission, confiée à une personnalité d'autorité reconnue, aura pour objectif de mobiliser, d'informer, d'encourager, d'inciter et d'accompagner les opérateurs à s'organiser pour réaliser les diagnostics, planifier et réaliser les travaux de mise en accessibilité. Le but recherché est avant tout de sensibiliser les acteurs locaux à la question d'accessibilité, à sa pertinence et à la nécessité de sa prise en compte dans toutes les constructions.

Cette mission nationale sera dotée d’un fonds d'aide à l'accessibilité, alimenté par une contribution prélevée lors des demandes de dérogation ou de mesures de substitution à l'accessibilité. Ce fonds pourrait aussi bénéficier d'une contribution de la Caisse des dépôts sous forme de prêt bonifié. Il servira en priorité à aider les petites communes, les commerces de proximité et les professions libérales du secteur médical et paramédical, à rendre accessibles les locaux où ils accueillent du public.