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L'entretien d'Anitas Hausser : Jean-Christophe Lagarde (France-Soir)

France-Soir. A défaut d’avoir obtenu une majorité, le conservateur David Cameron vient de prendre la tête à Londres d’un gouvernement de coalition. Est-ce, pour vous, un modèle ?
Jean-Christophe Lagarde. Les élections britanniques le montrent : même en Angleterre, le traditionnel système bipartisan fonctionne mal parce que c’est tout ou rien. Les gouvernements solides, ce sont des coalitions où les partenaires arrivent à gouverner ensemble malgré leurs différences. Le compromis, c’est la nature même de la politique. En France, on a trop tendance à confondre compromis et compromission.

F.-S. Considérez-vous, vous aussi, que le plan européen pour prévenir l’extension de la crise financière marque un tournant historique pour l’Europe ?
J.-C. L. Les décisions ont été trop tardives. Si elles avaient été prises deux mois plus tôt, elles auraient coûté trois fois moins cher. Cependant, c’est une bonne nouvelle parce que les gouvernements européens ont enfin pris des décisions politiques communes face aux attaques des spéculateurs contre l’Union européenne. Pour autant, ce n’est malheureusement pas un tournant majeur parce qu’il n’y a pas d’avancée vers le gouvernement économique dont l’Europe aurait tant besoin.

F.-S. La mise en œuvre du traité de Lisbonne a pourtant entraîné la nomination d’un président de l’Europe. S’il manque d’autorité, n’est-ce pas parce que les gouvernants veulent conserver leurs prérogatives ?
J.-C. L.
Tout le monde l’a souligné au moment de leurs nominations : nous n’avons pas choisi des personnalités européennes fortes qui pourraient en imposer aux Etats, mais les plus falots afin que les chefs d’Etat puissent garder la main. Cela dit, le vrai problème est structurel : les institutions européennes ne prévoient pas de gouvernement économique. Si nous voulons partager la même monnaie et la même économie, nous devons avoir des politiques économiques coordonnées. Réunis, nous sommes la première puissance économique au monde et nous pouvons fixer la règle du jeu. Sinon, nous sommes faibles face à la dictature des marchés. Le drame, c’est que les marchés viennent, à nos dépens, d’en faire la démonstration.

F.-S. Partagez-vous le sentiment de ceux qui disent que c’est la France qui, au plus fort de la crise, a permis de débloquer la situation ?
J.-C. L.
Oui. Confrontées à des séquences électorales, l’Allemagne et l’Angleterre étaient condamnées à l’immobilisme. Le président de la République et le Premier ministre ont fait un sans-faute en tentant d’emmener l’Europe vers davantage de raison. Nicolas Sarkozy a été exemplaire, et a fait preuve de véritables qualités d’homme d’Etat : il a proposé des solutions. La France s’était heureusement déjà engagée vers une meilleure maîtrise des dépenses publiques : quand on a 150 milliards de déficits, il n’est pas choquant de stabiliser la dépense publique, c’est-à-dire de la réduire de 2 % (du fait de l’inflation). Beaucoup de Français ont été obligés de réduire leurs dépenses de plus que ça. Nous sommes en train de débattre de la réforme des retraites, ce qui nous a évité d’être attaqués par les agences de notation.

F.-S. Donc, vous donnez une très bonne note au Président ?
J.-C. L.
Le paradoxe, c’est que Nicolas Sarkozy est exemplaire dans les crises (la crise bancaire de l’automne 2008, ou la guerre en Géorgie), mais sa gestion quotidienne est beaucoup plus discutable. Il réforme le pays, mais il y a un sentiment d’inéquité dans la répartition des efforts, notamment à travers le bouclier fiscal. S’il veut que les Français continuent d’accepter les réformes, le président de la République doit corriger le tir.

F.-S. A quelles corrections pensez-vous ?
J.-C. L.
Il faut que les efforts soient équitablement partagés. On a besoin de réduire les dépenses et peut-être d’augmenter les prélèvements, mais tout le monde doit payer. Il ne faut pas que les petits payent pour les plus gros ! Au Nouveau Centre, nous militons depuis des années pour la suppression simultanée du bouclier fiscal et de l’ISF, pour le rétablissement d’une tranche supplémentaire et pour la progressivité de l’impôt selon votre richesse. Pour le financement des retraites, il faudra élargir l’assiette de cotisations, notamment avec la TVA sociale et les produits financiers.