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Revue de presse

"La Bourgogne mérite mieux" - Interview de François Sauvadet - La Gazette de Côte-d'Or

11/03/10

LA GAZETTE : François Sauvadet, craignez-vous le fort taux d’abstention annoncé pour le scrutin du 14 mars ?
FRANÇOIS SAUVADET : L’abstention n’est jamais souhaitable. Pendant toute ma campagne, que ce soit lors des réunions publiques ou de mes visites sur le terrain, j’ai pris le temps d’expliquer les enjeux de cette élection, en mettant en avant les éléments purement régionaux.  J’ai ressenti de l’inquiétude chez les électeurs, et certains pourraient être tentés de ne pas aller voter ou de sanctionner le gouvernement. Personnellement, j’ai beaucoup évoqué ma volonté de faire de la Bourgogne une région stratège.

Parce que vous avez l’impression que ce n’est pas le cas ?
À partir du 22 mars, on pourrait en reprendre pour quatre ans si François Patriat devait être réélu. Or, je crois que la région a perdu trop de temps lors des six années qui viennent de s’écouler. Elle s’est contentée d’une gestion trop dogmatique, trop tranquille, pas assez ambitieuse.

Une "gestion pépère", comme vous l’avez souvent répété…
Absolument, et je le confirme. Prenez le niveau d’investissement de la région lors des six dernières années : il est d’à peine  33 % ! Les crédits à la formation ont été baissés, et François Patriat a surtout augmenté les impôts. La Bourgogne est derrière le Languedoc-Roussillon de Georges Frêche, la deuxième région qui a le plus augmenté sa fiscalité ! Je n’invente rien… François Patriat a multiplié par deux le personnel de la région et fait exploser son budget de fonctionnement. Il faut changer de politique et rendre cette région plus forte, plus compétitive, car nous sommes dans un monde de compétition. Prenez l’exemple du pôle nucléaire…

François Patriat n’y semble pas opposé…
C’est vrai, mais il le dit du bout des lèvres, afin de ne pas trop froisser les écologistes. Un pôle nucléaire en Bourgogne, c’est aussi la création assurée de plusieurs milliers d’emplois ! Personnellement, j’y suis favorable. Mais François Patriat, dans l’hypothèse d’éventuelles alliances avec les écologistes, reste trop frileux sur ce dossier. Leur influence pourrait être encore plus importante… Et François Patriat multiplie les gestes vis-à-vis d’eux. Il vient de redécouvrir le dossier du grand canal de Bourgogne, il n’emploie plus le mot  « infrastructures », alors qu’il y a tant à faire au niveau du fret ferroviaire et du réseau routier.

Parlons un peu de votre programme. L’un de ses grands axes concerne l’emploi et la formation des jeunes. Que proposez-vous ?
Actuellement, on ne fait pas assez pour la formation des jeunes, et surtout des 20-24 ans. Il y a 1,6 million de Bourguignons, et dans dix ans, 227 000 seront à la retraite. Je suis favorable aux classes de pré apprentissage, mais également à l’apprentissage et à l’alternance. Un gamin de 15 ou 16 ans qui a du mal avec l’école doit être pris en charge et avoir un premier contact avec le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, il y a un vrai défi de l’emploi…

"Voter FN, c’est quelque part voter PS"
Sauf que la France présente le taux de chômage des moins de 25 ans et des plus de 55 ans le plus élevé d’Europe. On veut faire travailler les gens jusqu’à plus de 60 ans, mais on les vire en masse dès qu’ils dépassent la cinquantaine. Ou on ne veut plus les embaucher. Parlez-en aux chefs d’entreprise que vous rencontrez, cela intéresse beaucoup les électeurs…
C’est un problème dont il faut tenir compte, c’est vrai. Mais je veux aussi rappeler qu’il y a en France et donc en Bourgogne beaucoup d’emplois qui ne sont pas occupés. Dans l’industrie, la restauration ou les travaux publics, on recherche de la main d’œuvre, et les entreprises n’en trouvent pas toujours. Il faut également savoir que bientôt, 30 % des agriculteurs ou des artisans seront en retraite. Il faut simplifier le dispositif de transmission des entreprises, qui est trop compliqué. Il faut également reformer le couple laboratoire/usine, et dans ce cadre, l’université a une belle carte à jouer.

Vous avez affirmé que si vous êtes élu, les impôts n’augmenteraient pas. Ce n’est pas un peu démagogique comme proposition ?
Mais pas du tout ! Ils ont déjà assez augmenté en six ans.

Pourtant, avec la suppression de la taxe professionnelle, il va bien falloir trouver des sous quelque part…
Cette réforme s’imposait, car elle va permettre une meilleure solidarité entre les territoires. On ne va  plus taxer l’investissement, mais la valeur ajoutée. Maintenant, je dois admettre que le gouvernement n’a pas forcément bien communiqué sur le sujet.

Vous évoquez souvent la solidarité entre les territoires, le maintien des services publics. Sur ce point, vous n’êtes pas très raccord avec le gouvernement, qui aurait plutôt tendance à les sacrifier…
Mais l’État ne peut pas tout ! Il n’assure qu’une partie des missions de service public. Sinon, ce rôle revient aux collectivités. Et il y a des choses à améliorer. Il faut ainsi revenir aux cœurs de villages, en les orientant vers le développement durable. Je trouve aussi que les voyages en TER coûtent trop cher. Les abonnements également. Il faut une meilleure politique de tarification. Je rappelle aussi que la moitié des lignes TER en Bourgogne n’est pas électrifiée.

Dès votre investiture, vous avez lancé un débat sur l’identité régionale. Était-ce pour coller à l’actualité nationale et au débat sur l’identité nationale d’Eric Besson ?
Non, pas du tout, d’autant plus que je n’étais guère favorable à ce débat sur l’identité nationale. Je voulais que nous parlions de la cohésion territoriale en Bourgogne. Je veux faire de cette région une grande région. Il n’est pas normal que la Nièvre ne se sente pas bourguignonne. J’aimerais faire de Magny-Cours un grand pôle d’avenir de la voiture électrique. Je veux une Bourgogne dynamique.

Vous n’êtes pas bien au conseil général ?
Mais si ! Mais on m’a demandé d’être candidat à la présidence de la Bourgogne, et j’ai accepté de relever le défi. Sur le terrain, je sens une forte mobilisation des électeurs et des élus. Tous veulent un changement. Et je tiendrai mes engagements si je suis élu.

Mais pour vous, le problème est là, car François Patriat reste le favori des sondages au second tour…
Moi, je n’ai pas eu des grosses difficultés à faire ma liste. Je connais mon programme. Mais aujourd’hui, qui peut dire à quoi ressemblera le programme socialiste au soir du 14 mars ? Personne, et même pas François Patriat. Avec qui va-t-il faire alliance, quelle sera sa liste ? Que va-t-il faire avec les écolos ? L’avenir de la Bourgogne mérite beaucoup mieux que ces accords de coin de table négociés à la va-vite entre les deux tours. Les difficultés que va rencontrer le président sortant le 14 mars sont plus importantes que les miennes.

À part que le Front National a fait de vous sa cible préférée…
Oui, et c’est normal. Si le FN est au second tour, cela va rendre les choses compliquées. Edouard Ferrand réalise une campagne anti-Sauvadet. Mais voter FN, c’est quelque part voter PS… Et je vais peut-être vous surprendre, mais je pense qu’une partie des électeurs du MoDem votera pour moi au second tour…

Propos recueillis par Alexis Billebault