Interview d'Hervé Morin parue sur Liberation.fr vendredi 29 janvier 2010
Le Nouveau Centre a t'il été bien traité par l'UMP lors des négociations pour l'élaboration des listes pour les prochaines régionales ?
Comme dans toute négociation, la dernière ligne droite est toujours difficile. Il faut concilier le pluralisme de la majorité qui est pour moi un impératif politique, les équilibres internes de l’UMP et du Nouveau Centre et les problématiques locales. Mon objectif est d’avoir autant de conseillers régionaux que l'UDF que nous sommes en train de reconstruire.
Le Nouveau Centre ne risque-t-il pas de subir les effets du mauvais contexte national et des critiques qui s'abattent sur la majorité ?
La crise économique nous a conduits à faire le choix dès le premier tour d’une liste d’union avec l’UMP.
Dans ce contexte difficile, les Français n’auraient pas compris qu’il en soit autrement.
Pour le Nouveau Centre, ces régionales marquent aussi la dernière étape de la reconstruction du parti avec la densification de son maillage territorial. La prochaine étape consistera à déployer notre projet politique. Les Français demandent plus de pluralisme dans la vie politique française y compris au sein de la droite qui ne s'est jamais résumée à un seul parti. Le centre droit a toujours défendu dans la vie politique française un idéal européen, un humanisme moderne et une société progressiste. Nous sommes attachés à la défense des libertés acquises comme à la conquête de libertés nouvelles. C’est ce projet que nous voulons incarner moment des échéances de 2012.
Avec un candidat étiqueté Nouveau Centre à la présidentielle ?
A une élection présidentielle, chaque parti a son leader. Un parti politique, fort de ses valeurs doit participer à un tel scrutin.
Mais la volonté d'hégémonie de l'UMP ne met-elle pas à mal cette pluralité que vous revendiquez ?
Prenez toutes les élections depuis 1965, il n'y a jamais eu un seul et unique candidat à droite. C’est d’autant plus légitime aujourd’hui que le Nouveau Centre porte son propre projet.
Quand la droite gagne l’élection présidentielle, c’est parce qu’elle est diverse au premier tour.
Le chef de l'Etat n'a t'il pas commis un faux pas avec l'affaire Proglio ?
Personne ne conteste que Henri Proglio a accompli un travail formidable à la tête de Véolia qu’il a redressée puis développée. Et personne ne met en doute qu’il est l’homme de la situation pour préparer l’avenir de la filière énergétique française.
Mais la double rémunération et la confusion des casquettes entre le privé et le public ne vous choque pas ?
Il y a eu cette polémique, je l’ai suivie comme vous. Quelle est la situation aujourd’hui ? Henri Proglio percevra une seule rémunération et se consacrera exclusivement à EDF.
Après l'Epad, cette nouvelle affaire ne contribue t-elle pas à creuser le fossé entre la majorité au pouvoir à laquelle vous appartenez et les Français ?
Les engagements que nous avons pris devant les Français en 2007 sont respectés. Alors que nous traversons la pire crise depuis 1945, que nous nous trouvons à mi-mandat, je constate que le gouvernement met tout en œuvre pour engager les adaptations structurelles dont notre pays à besoin.
Et si la majorité perd ses élections, quelles conclusions en tirerez-vous ?
Je pense que nous pouvons avoir de bonnes surprises.
Quelles critiques portez -vous sur la réforme des collectivités territoriales ?
Cette réforme des collectivités locales, avec le rapprochement des départements et des régions, nous la souhaitions depuis longtemps dans un souci de simplification, d’efficacité et de transparence de l’action publique. Je regrette d’ailleurs qu’elle n’aille pas jusqu’à la fusion des départements et des régions. Je me réjouis d’avoir été entendu sur les réserves que j’avais formulées sur le mode de scrutin des futurs conseillers territoriaux puisqu’il a été décidé de remettre le métier sur l’ouvrage. Il est impératif que ce mode de scrutin garantisse le pluralisme et la démocratie locale. C’est à cette condition que les parlementaires du Nouveau Centre voteront cette réforme.
Le Nouveau Centre est-il partisan d'une loi interdisant la burqa ?
Nul ne peut nier que le port de la burqa est insupportable car une personne, c’est d’abord un visage.
Mais sur quels principes fonder une telle loi ? Au nom de la laïcité ? Certainement pas. La laïcité à la française défend la liberté de conscience religieuse. Au nom de la dignité de la femme ? Attention, je dis qu’il y a danger quand on considère qu’une loi peut porter sur la dignité de la personne qui reste une notion très relative. Dans ce cas, pourquoi ne pas légiférer contre la prostitution qui est ni plus ni moins une forme d'esclavagisme moderne ? Seule des exigences de sécurité pourraient justifier une loi. Peut-on aller chercher son enfant à l'école sans pouvoir être identifié ? Clairement non ! Une circulaire du ministère de l’éducation nationale suffirait.
Pour toutes ces raisons, je m’oppose à une loi générale et absolue qui ne concernerait en réalité que 2 000 personnes.
Elle serait de toute façon impossible à mettre en œuvre : comment l’appliquer avec la même vigueur pour « le petit peuple » des banlieues que pour les touristes étrangères qui sortent des magasins de luxe sur les Champs Elysées !
Propos recueillis par Christophe Forcari