A deux ans de l'élection présidentielle, peut-on faire une vraie réforme des retraites ?
La proximité d'une élection n'empêche pas d'être courageux. A long terme, le Nouveau centre propose une réforme en profondeur du système de retraites pour qu'il soit plus juste, plus transparent et plus efficace. Le « compte notionnel », inspiré de ce qui fonctionne si bien en Suède mais aussi en Pologne et en Italie répond à ces trois critères. Avec ce système, chaque citoyen passe un contrat équilibré avec la Nation et construit sa retraite à son rythme. On peut aussi mieux prendre en compte la pénibilité du travail ou des parcours professionnels de moins en moins linéaires. Cela implique de fusionner les 38 régimes de retraites existants pour n'en former qu'un seul. Il sera plus facile pour chaque citoyen -qu'il soit salarié, indépendant ou fonctionnaire -d'être informé en temps réel de ses droits à la retraite. Mais cette réforme ne peut se faire en quelques mois. Il a fallu 15 ans en Suède. Or il y a urgence. Avec un déficit qui approche les 10 milliards d'euros, des mesures immédiates sont indispensables.
Que préconisez-vous à court terme ?
Nous vivons un moment historique, un moment de vérité, de révélation pour l'avenir du pays et de son système social. Pour les retraites, certains plaident pour un accroissement du nombre de trimestres requis pour obtenir une pension à taux plein. Je pense que cela ne suffit pas à rétablir l'équilibre car nombreux sont nos compatriotes qui disposent déjà de suffisamment de trimestres pour partir à 60 ans dans les meilleurs conditions. Il faut donc reporter progressivement l'âge légal de la retraite, aujourd'hui fixé à 60 ans. Au moment des grandes échéances politiques comme l'élection présidentielle, nous devrons poser la question du financement de notre protection sociale qui repose aujourd'hui essentiellement sur les revenus du travail. Or le travail est notre bien économique le plus précieux et le plus rare. Arrêtons de le taxer dans de telles proportions ! Je suis favorable au principe de la TVA sociale car il s'agit d'une assiette fiscale moins pénalisante pour notre compétitivité. Je préfère la TVA sociale car elle frappe les produits importés et, contrairement à la CSG, elle ne pèse pas sur les salariés
Nicolas Sarkozy a évoqué une taxation des revenus du capital. Y êtes-vous favorable ?
Il y a un arbitrage à faire entre les travailleurs et les épargnants. Si le choix profite aux travailleurs, tant mieux. Dans une période de crise, il est logique que l'effort de solidarité soit équitablement réparti. Les plus modestes ne comprennent pas le bouclier fiscal ; les plus riches ne comprennent pas l'ISF. Je crois qu'il faudra un jour supprimer l'un et l'autre et instaurer une tranche supplémentaire d'impôt sur le revenu pour compenser la suppression de l'ISF.
Trouvez-vous normal que certains militaires puissent partir à la retraite au bout de 15 ans d'exercice ?
Un militaire ne peut pas accomplir les mêmes tâches physiques à 50 ans qu'à 20 ans. Il n'y a pas un pays au monde où les militaires ne prennent pas leur retraite plus tôt que le reste de la population ! Cela étant, il y a le cas particulier des généraux. Ils partent à 57 ans dans l'armée de terre et dans la marine mais à 54 ans pour les personnels navigants de l'armée de l'air. Je pense que cet âge pourrait être porté progressivement à 60 ans sans fermer l'horizon des officiers qui aspirent aux plus hautes fonctions.
Pour réduire le déficit de l'Etat, le gel sur trois ans des dépenses de fonctionnement est-il suffisant ?
L'équilibre est subtil car nous devons tout à la fois réduire nos déficits sans empêcher la croissance de repartir. De ce point de vue, les décisions du gouvernement sont les bonnes. Si on prenait des décisions trop drastiques, on arriverait peut-être à l'équilibre des comptes mais on tuerait la croissance. Attention à ne pas se retrouver avec un malade guéri mais mort ! A plus long terme, nous devons absolument graver dans la Constitution, l'interdiction des déficits de fonctionnement, hors les périodes de crise bien sûr.
Assumez-vous le terme de rigueur aujourd'hui utilisé par Jean-François Copé ?
Derrière le mot « rigueur », il y a un côté punitif qui me déplait. Au mot « rigueur », je préfère l'expression « être rigoureux », comme le sont aujourd'hui nos compatriotes, et comme nous ne l'avons pas été depuis 30 ans avec notre dépense publique.
Etes-vous satisfait de la gestion par l'Europe de la crise grecque ?
Le président de la République a eu un rôle moteur salutaire. Il était urgent d'étendre le feu avant qu'il ne s'étende à toute l'Europe. Mais les pays de l'eurogroupe n'ont traité que les conséquences de la crise, et non ses causes qui tiennent aux déficits structurels majeurs de plusieurs pays et à la faiblesse de notre croissance. Nous avons besoin d'institutions européennes fortes qui retrouvent la capacité d'initiative qu'elles ont perdue. Nous devons aussi travailler à une convergence fiscale car les citoyens européens n'accepteront pas encore très longtemps de payer pour des pays en déficit surtout quand ils pratiquent le dumping fiscal. Il faut enfin que l'Europe rompe avec sa théologie de la libre concurrence et du marché pur et parfait qui paradoxalement nous affaiblit dans la compétition mondiale. Ne soyons pas naïfs, il nous faut une vraie politique industrielle européenne. Ce que nous défendrons en 2012.
Jean-Pierre Raffarin voit en Jean-Louis Borloo « un bon candidat » pour 2012. Qu'en pensez-vous ?
Jean-Louis Borloo a énormément de qualités mais il me semble difficile de se présenter au nom de la famille centriste tout en étant à l'UMP qui aura elle-même son candidat. Le Centre a besoin d'un candidat réellement indépendant comme cela a été le cas toutes les élections présidentielles depuis 1965. C'est donc la vocation du Nouveau Centre que de présenter un candidat à l'élection présidentielle de 2012. Le centre est un courant de pensée et une réalité électorale.
Votre parti n'a-t-il pas un problème d'identification dans l'opinion ?
C'est vrai, nous sommes une formation politique encore jeune et en construction mais nous avons encore 2 ans pour combler ce retard. J'ai fait deux campagnes présidentielles (avec François Bayrou, ndlr) pour un candidat au départ crédité de seulement 3 % d'intentions de vote. L'une, en 2002, s'est terminée à 7% et l'autre, en 2007, à 18%.
PROPOS RECUEILLIS PAR ELSA FREYSSENET, PIERRE-ALAIN FURBURY ET LUCIE ROBEQUAIN