Quel jugement portez-vous sur le projet de budget 2012 ?
- Nous ne pouvons pas continuer ainsi : le budget actuellement examiné par les députés est basé sur une hypothèse de croissance surévaluée. Tout le monde sait qu’il ne tiendra pas six mois. Nous devons la vérité aux Français. Il faut absolument redresser les comptes publics, sous peine de perdre notre souveraineté. Nous devons prendre des mesures efficaces, et justes : une hausse des impôts, nécessaire, ne sera supportée par les Français que si, parallèlement, l’Etat baisse ses dépenses. Je l’ai fait quand j’étais ministre de la Défense avec un plan qui a permis d’économiser 1,6 milliard d’euros. Je me réjouis que le gouvernement ait écouté le Nouveau Centre sur le prélèvement supplémentaire au-delà de 250.000 euros. Ce n’est plus un prélèvement exceptionnel, et il va conduire, de facto, à l’instauration d’une nouvelle tranche d’IRPP à 45%. En revanche, il faut accentuer la chasse aux niches fiscales et sociales non pertinentes.
Le Nouveau Centre est également favorable à une hausse de la TVA…
- Nous souhaitions porter le taux de TVA de 19,6% à 20%. Cela aurait permis de récupérer entre 3 milliards. Après l’élection présidentielle, un Grenelle de la fiscalité s’impose pour remettre totalement à plat le système, avec notamment l’instauration d’une TVA sociale qui permette de faire peser la fiscalité d’avantage sur la consommation, et moins sur la production. La protection sociale devrait aussi être financée en partie par la TVA et par un impôt écologique, comme une taxe carbone, et non plus par le seul travail.
Quelles sont vos proposition en matière d’emploi ?
- Outre la baisse nécessaire des cotisations sociales, il faut développer une politique très incitative en faveur des PME pour faire émerger des secteurs à haute valeur ajoutée. Cela implique par exemple d’amplifier les déductions fiscales pour les personnes qui investissent en fonds propres dans des PME à haute technologie, ou de baisser de 33,3% à 15% le taux d’impôt sur les sociétés des PME qui investissent. Le droit du travail doit également être simplifié, car sa complexité conduit à une précarisation des salariés. 80% des déclarations d’embauche sont des CDD de moins d’un mois, c’est le symbole de l’échec du système ! Je propose d’instaurer un contrat de travail unique, avec des conditions de licenciement plus souples, et une meilleure protection du salarié. Quant à la duré du temps de travail, je veux en finir avec les 35 heures légales. La loi doit fixer un ordre public social, c’est ensuite aux accords de branche de déterminer la durée conventionnelle du travail. Ce modèle fonctionne très bien en Allemagne.
Qu’attendez vous de l’intervention de Nicolas Sarkozy de ce soir ?
- J’attends des mesures immédiates pour sortir de la crise grecque. Cela passera immanquablement par un abandon d’une partie des créances que la Grèce ne pourra pas rembourser. J’attends ensuite qu’il ouvre enfin la voie à une meilleure intégration fédérale européenne. Il faut mettre en place un budget, des impôts, et un emprunt européens. Il faut des institutions européennes plus efficaces, qui permettent une prise de décision rapide, à la majorité qualifiée. Il n’est plus possible que des pays, telle que la Slovaquie, bloquent complètement un processus.
Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut