Les primaires du PS, même François Fillon en dit du bien. Est-ce le modèle politique d’avenir ?
J’ai été le premier dans la majorité à dire que ces primaires étaient d’une grande modernité et qu’elles deviendraient un exercice obligé pour la droite et le centre à la prochaine présidentielle. Lors des trois débats télévisés entre les candidats, chacun a pu voir qu’au-delà des rivalités ils ont des personnalités et des projets différents. Si la participation est élevée, ce que je crois, il se dégagera autour du vainqueur une légitimité, une dynamique et une unité incontestables.
Pourquoi n’aviez-vous pas organisé de primaires avec Jean-Louis Borloo ?
J’ai pensé, à un moment, que cela pouvait être un moyen de nous départager. Mais le contexte était très différent : nous étions en train de reconstruire une famille centriste éparpillée. Une primaire aurait pu devenir un facteur de fragilisation et d’éclatement.
Qu’est-ce qui vous différencie de lui ?
Je suis un rural, issu d’un milieu artisan. Jean-Louis est parisien. Il a mené une brillante carrière d’avocat avant d’aller conquérir un fief en plein désarroi social qu’était Valenciennes. Nos parcours sont très différents, même si nous avons des valeurs communes et pensons par exemple que l’Etat providence ne fera plus bouger la société.
Vous avait-il informé de son retrait ?
Non, mais je ne veux pas instruire son procès. Il était préférable qu’il annonce sa décision en octobre plutôt qu’en janvier. Jean-Louis avait pourtant, j’en suis convaincu, la volonté d’être candidat. Il a pris en compte des éléments personnels, familiaux, politiques. C’est respectable. Qu’un homme renonce en politique est si rare que cela en devient suspect.
Comment expliquez-vous sa volte-face? Par des pressions de l’Elysée ?
Je ne m’appelle pas Freud. C’est un homme complexe comme un ciel de Normandie. Une candidature présidentielle est un cheminement qui n’a rien d’évident. C’est une démarche sur soi-même, une introspection de ses limites, de ses ressorts personnels, de ses tensions. De son existence.
Avez-vous fait ce cheminement ?
Oui. J’ai vécu chaque étape de ma vie politique comme une construction. Je ne suis pas né sous les ors de la République; mon père n’a que le certificat d’études et ma mère n’a pas dû aller au-delà de l’école primaire. Jeune, je ne déjeunais pas avec des banquiers, des patrons de grands groupes, des parlementaires ou des juges. Toutes les étapes de mon parcours, maire, conseiller général, député, ministre, sont autant de marches gravies.
Et la prochaine marche, c’est la présidentielle ?
Pendant trois ans au gouvernement, j’ai vu la nécessité d’instaurer une République plus équilibrée, avec une majorité qui soit réellement polyphonique. C’est la seule manière d’éviter les excès de la monarchie républicaine. Une majorité pluraliste doit prendre en compte les observations et les réticences qui s’expriment en dehors du parti dominant. Cela n’a malheureusement pas été le cas.
Vous n’aimez pas le pouvoir tel que l’exerce Nicolas Sarkozy ?
La République était tout aussi monarchique sous Mitterrand et Chirac. Simplement, cela se voyait sans doute moins car le Premier ministre était moins effacé. C’est notamment pour cela qu’il est impératif qu’un candidat centriste porte en 2012 une offre politique alternative.
Mais il y a François Bayrou ?
Voter Bayrou, c’est voter socialiste au second tour! Son opposition radicale, son mépris envers Nicolas Sarkozy, même s’il tente, depuis quelques mois, de les gommer pour des raisons tactiques, le conduiront inévitablement vers François Hollande. C’est celui qui se rapproche le plus d’une démarche sociale-démocrate. Le MoDem aura tout intérêt à jouer cette carte pour reconstruire un groupe parlementaire, ce qu’il ne pourra pas faire avec l’UMP.
Vous soutiendrez donc Nicolas Sarkozy au second tour ?
J’aime la clarté : pour moi, la place du centre est dans une majorité de droite. Mais il n’y aura pas de soutien automatique. Il est indispensable de construire entre les deux tours un accord de gouvernement qui reprenne les idées que nous défendrons pendant cette campagne. Nicolas Sarkozy m’a écarté du gouvernement car je disais déjà haut et fort que je voulais un candidat centriste en 2012. Ma chance, c’est que je n’ai plus le fantasme du portefeuille ministériel. Ma priorité est de permettre à la diversité de la société française de s’exprimer en soutenant nos propositions. A nous ensuite d’être les garants de nos idées pour qu’elles soient reprises dans un contrat de législature.
Quelles seront donc les conditions de votre soutien ?
D’abord une République morale. Nous demanderons un référendum pour rendre la République vraiment irréprochable. Cela implique la fin du cumul des mandats et des fonctions, la fin des conflits d’intérêts entre politique et secteur privé… Le prochain président devra reconstruire la confiance. On ne peut pas dire que les affaires de tam-tams africains remplis de billets, les rétrocommissions et les nominations contestables renforcent le lien entre les Français et leurs responsables politiques.
Vous en aviez parlé avec Sarkozy ?
Une fois, lors d’un voyage. Je lui ai dit qu’il me semblait imprudent qu’il y ait dans son entourage des collaborateurs qui entretiennent des liens avec des intermédiaires dont le rôle est, paraît-il, nécessaire pour passer des contrats d’armement. Pour moi, les serviteurs de l’Etat n’ont rien à faire avec ces personnes. C’est de la responsabilité des industriels. Il ne m’a pas répondu.
Comment allez-vous ancrer votre candidature dans le paysage alors que les sondages vous donnent rarement plus de 3% ?
En continuant à expliquer aux Français mes propositions pour une France dynamique et optimiste. Dans quelques semaines, nous présenterons le projet global du Nouveau Centre. Viendra ensuite le moment d’annoncer ma candidature, sur laquelle le NC se prononcera à l’occasion d’un congrès, à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Mais je crois qu’être candidat est avant tout une démarche personnelle, une rencontre avec les Français. Le soutien du parti vient seulement dans un second temps.