Interview de François Sauvadet - La lettre politique et parlementaire
25/05/10
Lpp : Quel bilan dressez-vous des trois années de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République ?
FS : Ce sont des années actives, et utiles à la France. Dans ce contexte de crise financière internationale, ce n’a pas été un exercice facile ! Le président a eu raison de ne pas renoncer à l’esprit de réforme. En même temps, il aurait fallu être plus rigoureux dès le début dans la recherche d’un équilibre budgétaire.
Lpp : Alors, il n’y a pas eu trop de chantiers ouverts ?
FS : Le Parti socialiste a fait preuve de beaucoup d’inconséquence, en contribuant à renforcer l’idée chez les Français que la réforme est une menace ! Cependant, la stratégie du président qui consiste à ouvrir de nombreux chantiers en même temps, nuit, je le répète depuis le début, à la lisibilité. Ainsi, pour les deux prochaines années, je plaide pour un rythme plus posé, y compris au Parlement !
Lpp : Quel regard portez-vous sur les élections régionales de mars ?
FS : Il ne faut surtout pas les considérer comme une parenthèse ! Il faut prendre très au sérieux les scrutins intermédiaires. Beaucoup de nos concitoyens ne sont pas allés voter, et l’on assiste à un retour des votes extrêmes. Il y a certainement un manque d’adhésion aux politiques conduites.
Cela étant je n’ai aucun regret sur l’union, c’est un choix politique que nous avons fait, et qui nous a permis de consolider notre maillage territorial avec près de 85 conseillers régionaux Nouveau Centre, un niveau équivalent à celui de l’Udf précédemment !
Lpp : Le centre aujourd’hui, c’est quoi ? Comment peser face à l’Ump sans s’y opposer ?
FS : Il faut que la majorité vive sur ses deux pieds ! Il y a deux pôles dans cette majorité. Il faut un centre rassemblé et, qui porte plus vigoureusement ses convictions. Nous en continuons la construction. Nous voulons un centre autonome, et clair dans ses alliances avec l’Ump. J’en ai assez d’entendre parler de « nébuleuse des centres ». Le Modem a choisi d’être dans l’opposition, on voit le résultat électoral aujourd’hui ! C’est un choix politique, mais ce n’est pas celui des héritiers de l’Udf !
Lpp : Justement, où en sont vos relations avec François Bayrou ? Pensez-vous qu’il ait encore une chance de rebondir ?
FS : J’ai peu de contacts avec François Bayrou ! Il a rejoint un certain nombre de nos idées concernant la réforme territoriale. Est-ce un signe pour l’avenir ? C’est à lui qu’il faut le demander !
Lpp : Cela veut-il dire que le Nouveau centre lui ouvrirait ses portes ?
FS : J’ai toujours dit que ceux qui se reconnaissent dans le combat que nous menons sont les bienvenus ! On ne peut pas gagner la bataille de l’avenir en s’isolant !
Lpp : Pour revenir à l’Assemblée nationale, quel bilan dressez-vous de la réforme du règlement ? Le rôle du Parlement a-t-il été renforcé ?
FS : Les choses ont changé : reconnaissance des groupes dits minoritaires, revalorisation du rôle des commissions permanentes,… Prenez le droit de tirage : nous voulions la création d’une commission d’enquête sur la grippe H1n1. Cela n’a pas suscité un enthousiasme délirant de la part du groupe majoritaire ! Eh bien cette commission, elle existe ! Les choses ont changé, mais les pratiques doivent encore évoluer ! On doit davantage exercer notre pouvoir de contrôle. C’est un des rôles importants du législateur. Il n’y a pas assez de culture du contrôle en France !
Lpp : Vous êtes député, président du conseil général de Côte-d’Or, maire adjoint. Que vous évoque le cumul des mandats ?
FS : D’accord pour ouvrir le débat sur le cumul à condition de sortir de la caricature. C’est une vraie question mais qu’il faut aborder en dehors de toute démagogie. Je ne crois pas qu’il soit bon pour la démocratie que le Parlement soit déconnecté du terrain. De même, je sais, en tant qu’élu local, combien dans un pays trop décentralisé, il est parfois nécessaire d’avoir accès aux niveaux parisiens pour débloquer les dossiers.