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Revue de presse

Hervé Morin, l'invité de C à Dire - France 5

11/02/10
Mercredi 10 février, Hervé Morin était l'invité de "C à Dire", émission présentée par Thierry Guerrier sur France 5. Après avoir expliqué la légitimité de la présence des forces françaises en Afghanistan, Hervé Morin a parlé de l'alliance de la majorité présidentielle pour les prochaines élections régionales.

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Script de l'interview :

THIERRY GUERRIER
Bonsoir Hervé MORIN.

HERVÉ MORIN
Bonsoir.

THIERRY GUERRIER
Vous êtes l'invité de C À DIRE ce soir car la France a perdu encore hier un soldat, le quarantième soldat depuis l'opération en Afghanistan. Enguerrand LIEBAERT. Il avait 20 ans. Alors chaque victime des Talibans. Alors à chaque victime des Talibans dans les troupes françaises, américaines, on se demande finalement dans ce conflit qui a le dessus. Les Talibans ou les troupes de la coalition ? On ne sait pas où on en est dans ce conflit en fait.

HERVE MORIN
Vous savez, c'est ce qu'on appelle des conflits asymétriques, c'est-à-dire qu'il ne faut pas imaginer que ce qui se passe en Afghanistan, c'est l'équivalent d'un conflit sur le théâtre centre européen. Il n'y a pas un front avec des armées qui progresseraient ou qui reculeraient. Nous sommes dans des zones dans lesquelles... Certaines sont dans une vraie situation de stabilité et de sécurité où nous pouvons mener nos projets de développement, nos projets de reconstruction. Il y a des zones qui sont au contraire en revanche extrêmement infiltrées, dangereuse, notamment le sud de l'Afghanistan, mais c'est un kaléidoscope. L'Afghanistan, c'est une multitude de vallées, de zones, de tribus, d'ethnies, et donc nous sommes dans cette situation où il y a toute une série de progrès, que les Français, que l'opinion publique européenne, ne perçoivent pas...

THIERRY GUERRIER
Oui, c'est ça la question...

HERVE MORIN
La scolarisation des enfants, des jeunes filles....

THIERRY GUERRIER
Où en est-on ?

HERVE MORIN
... qui sont aujourd'hui scolarisés, six millions d'enfants scolarisés, des universités qui sont rouvertes. 80% des Afghans ont accès à un rudiment de santé, alors qu'ils n'étaient que 15% du temps des Talibans.

THIERRY GUERRIER
Mais est-ce que...

HERVE MORIN
Je vais prendre un exemple. La zone de Surobi, là où nous avons perdu dix hommes le 18 août dernier, c'est une zone dans laquelle aujourd'hui la stabilité est assurée. Où même nos militaires sont capables d'aller dans le marché de la ville sans leurs armes, et sans leur gilet pare-balles. Où nous menons une vraie politique de coopération, de reconstruction de l'Afghanistan, avec la population. Il faut que vous ayez en tête cette chose, c'est qu'il faut de la patience. Vous ne pouvez pas reconstruire un pays...

THIERRY GUERRIER
C'est une patience qui coûte cher. Je ne voudrais pas avoir l'air particulièrement dans l'émotion, mais vous imaginez les familles des soldats français.

HERVE MORIN
Attendez, je le sais, puisque malheureusement je les rencontre, je vois leur peine, leur chagrin, leur désarroi, leur incompréhension. Je le sais malheureusement plus que tout autre. Mais je voudrais simplement vous poser cette question, qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Quelle est la solution ? Changer de stratégie, nous l'avons fait et il était temps de le faire, mieux respecter la population, mieux respecter la culture, les familles, faire en sorte que la population puisse jouer la coopération, qu'elle ait confiance dans les forces de l'Alliance pour pouvoir lutter contre les Talibans. Mais au delà du changement de stratégie qui était nécessaire, est-ce que nous pouvons partir ? Est-ce que nous pouvons laisser...

THIERRY GUERRIER
A quoi ça sert par exemple de renvoyer...

HERVE MORIN
... est-ce que nous pouvons laisser, je vais répondre à votre question, est-ce que nous pouvons laisser l'Afghanistan retomber dans le chaos, redevenir le foyer du terrorisme international, et est-ce que nous pouvons laisser un pays qui a pour voisin le Pakistan avec les risques de contagion possible sur un pays qui a l'arme nucléaire ou la contagion sur les républiques d'Asie centrale. On voit bien que se joue en Afghanistan une partie de la stabilité et de la sécurité du monde. C'est difficile à comprendre. Alors je prends...

THIERRY GUERRIER
On connaît cet argument...

HERVE MORIN
... les 80 formateurs...

THIERRY GUERRIER
... mais on se demande si les nouveaux soldats que vous allez renvoyer là au printemps c'est 80 instructeurs vont servir à quelque chose et surtout où il y aura une fin en Afghanistan. Si on va sortir de ce bourbier.

HERVE MORIN
Pourquoi nous n'en avons envoyé que 80 ? Parce que la France a fait un effort très important depuis 1008, 1.300 hommes de plus, c'était un effort extrêmement significatif, et qui a soutenu un certain nombre de pays qui étaient en difficulté.

THIERRY GUERRIER
Et là on cède à OBAMA.

HERVE MORIN
Non absolument pas. Pourquoi nous avons envoyé des instructeurs, parce que la clef de la sortie, c'est la formation, c'est le développement de l'armée, c'est le développement de la police, c'est la capacité de leur transférer des zones de sécurité, comme nous l'avons fait déjà à Kaboul, et donc nous avons décidé puisque c'est dans le coeur de la stratégie française de faire un effort supplémentaire sur l'instruction de l'armée.

THIERRY GUERRIER
Alors je voudrais qu'on revienne simplement sur cette affaire de plainte,  vous savez, déposée par sept des dix soldats, des familles des dix soldats disparus donc en 2008, dans la Kapisa, plainte qui a été rejetée par le parquet du tribunal militaire. On a l'impression que l'institution militaire ne veut vraiment pas de ce procès. D'abord avant que vous ne répondiez si vous permettez...

HERVE MORIN
Non le parquet militaire, ce n'est pas un parquet militaire. Ce sont des magistrats de l'ordre judicaire qui sont affectés à ce tribunal. Fermons la parenthèse.

THIERRY GUERRIER
Je voudrais quand même que vous réécoutiez les arguments de Joël LE PAHUN, le porte-parole de ces familles, Le père d'un des soldats tués...

HERVE MORIN
Oui, je connais très bien monsieur LE PAHUN. Je l'i vu souvent.

THIERRY GUERRIER
... qui expliquait dans C'DANS L'AIR pourquoi cette plainte qui à ses yeux évidemment n'est pas anti-patriotique, ni contre l'institution militaire mais la chaîne de commandement sur cette opération. Ecoutez-le.

HERVE MORIN
Je connais ses arguments;

EXTRAIT C'DANS L'AIR
JOEL LE PAHUN
Nous restons encore avec beaucoup d'inconnues d'autant plus que sur des points, je ne vais pas dire de détails parce que c'est loin d'être un détail pour les familles, mais quand vous ne dites pas la vérité sur la mort de votre fils, sur les conditions de la mort de votre fils, et qu'il faut attendre dix mois pour savoir exactement comment votre fils est mort, alors qu'entre temps, on vous a donné sept ou huit versions différentes, c'est non seulement déchirant, mais on se dit que si on vous ment là-dessus, on peut vous mentir sur beaucoup d'autres choses.

THIERRY GUERRIER
S'il n'y a pas de procès, est-ce que les familles connaîtront la vérité ? Il y a peut-être eu des erreurs dans la chaîne de commandement ?

HERVE MORIN
Je n'ai rien à cacher. Je n'ai absolument rien caché. Et j'ai donné aux familles toutes les informations qu'elles souhaitaient avoir, même les conditions de la mort de leurs enfants. Je l'ai fait dans un vol entre Paris et Kaboul lorsque j'ai accompagné les familles françaises en Afghanistan en Septembre, avec des schémas et monsieur LE PAHUN le sait, des schémas qui ont clairement montré la progression des forces, les moments où certains de nos hommes tombaient blessés ou morts, les conditions dans lesquelles les choses se sont passées. Ils ont même eu accès pour celles qui le demandaient aux autopsies qui ont été réalisées par les médecins qui ont eu les corps.

THIERRY GUERRIER
Est-ce que la guerre peut excuser des erreurs dans la chaîne de commandement ? Ets-ce que ça ne vaut pas un procès ? Pardon, c'est la question que posent les familles ?

HERVE MORIN
Mais il n'y a pas de faute. Il n'y a pas de faute. Ce n'est pas un fait divers. Le risque militaire, c'est un risque que d'ailleurs les soldats assument pleinement, totalement, qui fait partie de leur engagement, de la noblesse du métier militaire. Ils savent que cela peut conduire à la mort, que le combat peut conduire à la mort. Et vous...

THIERRY GUERRIER
Vous ne souhaitez pas ce procès.

HERVE MORIN
Et l'incertitude militaire vous l'aurez toujours dans des opérations de guerre. C'est inhérent à la fonction de militaire. Et l'idée de la judiciarisation, c'est le risque de la paralysie des armées. Je crois qu'il faut bien mesurer les choses...

THIERRY GUERRIER
... ne pas prendre de risque sur le terrain c'est ça.

HERVE MORIN
S'il y avait des fautes réelles, sérieuses, avérées, bien entendu. Mais il n'y a pas eu de faute. Il y a simplement le fait que dans une opération militaire, il y a un degré d'incertitude que vous ne pourrez jamais enlever quelle que soit la situation, quels que soient les moyens technologiques. Nous avons perdu hier un quarantième soldat. Nous y mettons, tous les moyens, sur chaque opération, d'observation, tout ce qui est possible. Mais vous ne limiterez jamais, vous n'arriverez jamais à être dans le risque zéro. Ca, ce n'est pas possible.

THIERRY GUERRIER
Hervé MORIN, vous êtes le ministre de la Défense, mais vous êtes aussi et on revient à la politique et aux régionales, le patron du Nouveau Centre dans la majorité, parti de l'UDF de la scission avec François BAYROU. Et alors c'est la polémique avec l'UMP en ce moment. En tous cas, un certain nombre d'élus UMP sont très en colère parce que le président de la République vous aurait fait de trop belles places sur les listes aux régionales. Ecoutez les arguments par exemple d'Eric RAOULT d'Île de France ou encore de Thierry LAZARO du Nord qui disent mais ce n'est pas possible le Nouveau Centre a des places considérables et nous sommes mis de côté. Ecoutez-les.

ERIC RAOULT, DEPUTE MAIRE DE SEINE SAINT-DENIS
On ne peut pas je dirais donner d'un coup de balai et dire que tout ce qui a été fait n'est pas bon. Et puis voyez, vous connaissez le "Jour le plus long". Quand on a deux élus, mettre deux parachutages, ça fait en sorte qu'on ressemble plutôt à Sainte Mère l'Eglise avec tous les parachutés qui arrivent et il y en a un qui reste sur le toit du clocher...

THIERRY LAZARO, DEPUTE UMP DU NORD
Je représente quand même moi les militants de l'UMP. Le fait de donner la tête de liste à Valérie LETARD me paraissait quand même un geste extrêmement fort de notre part. Aujourd'hui sur les 20 premiers il y a 12 UMP pur jus. Je trouve que le rapport de force est complètement déséquilibré.


THIERRY GUERRIER
Les listes UMP c'est les listes Nouveau Centre presque maintenant selon eux.

HERVE MORIN
N'exagérons rien.

THIERRY GUERRIER
Vous êtes les chouchous du président alors.

HERVE MORIN
Mais nous avons en 2007 décidé de soutenir le président de la République. Comme vous l'avez rappelé, nous avons créé le Nouveau Centre à la suite de notre séparation avec François BAYROU. Nous sommes allés dans cet engagement là parce que pour nous l'UDF de par les valeurs que nous portons soutient le candidat, soutenait Nicolas SARKOZY, devait soutenir Nicolas SARKOZY. Cet engagement politique...

THIERRY GUERRIER
Aujourd'hui vous avez le bénéfice de ce soutien.

HERVE MORIN
... il correspond au contrat de coalition que nous avons signé en quelque sorte avec le président de la République...

THIERRY GUERRIER
Oui, mais si ça crée une polémique avec le fort des troupes de l'UMP...

HERVE MORIN
Je voudrais simplement vous dire...

THIERRY GUERRIER
... et que vous perdez les régionales à cause de ça, parce que vous êtes divisés !

HERVE MORIN
Ce n'est pas moi qui l'ai écrit, mais la droite en France ne s'est jamais résumé au singulier. Il y a toujours eu des droites en France. Il y a toujours eu deux candidats à l'élection présidentielle, l'un représentant un parti plus conservateur, l'autre représentant un parti plus modéré. Le centre droit portant un humanisme libéral, portant l'idéal européen, ce parti là c'est celui que nous voulons incarner, et il correspond à des Français qui se reconnaissent dans cette famille, dans ce courant de pensée.

THIERRY GUERRIER
On comprend que vous le défendiez. D'un mot, simplement, vous ne risquez pas de porter la responsabilité de la défaite de la droite eaux régionales éventuellement si on dit finalement c'est à cause d'eux qu'on s'est divisé ?

HERVE MORIN
Non au contraire, on a fait le pari de l'union, comme on le fait depuis 2007, et c'est ce pari de l'union que nous faisons jusqu'aux élections régionales.

THIERRY GUERRIER
Merci d'avoir accepté l'invité de C À DIRE.

HERVE MORIN
Merci.