JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, ministre de la Défense, président du Nouveau Centre et c’est important, sera avec nous – vous allez comprendre pourquoi – sera avec nous, est avec nous ce matin sur BFM TV et RMC. Parlons de l’Afghanistan pour commencer avant de parler de l’affaire Woerth – Bettencourt. Pourquoi l’Afghanistan ? Parce qu’un soldat français, encore un soldat français, est décédé en Afghanistan. Il s’agit d’un sous-officier, sergent-chef de Valdahon je crois, dans le Doubs, qui est décédé. Ça fait quarante-cinq soldats français morts en Afghanistan depuis 2002. Quarante-cinq. Et depuis le début de cette année 2010, les troupes alliées en Afghanistan ont perdu trois cent trente-cinq hommes. L’année 2010 est la plus meurtrière depuis le début de cette guerre en Afghanistan. Ça va durer jusqu’à quand, Hervé MORIN ?
HERVE MORIN
On a changé – l’OTAN a changé de stratégie. Cette stratégie est aujourd'hui mise en œuvre en Afghanistan. Cette stratégie, elle repose sur une idée que nous défendions depuis trois ans au sein de l’alliance atlantique qui est celle de faire concomitamment le développement et la mise en puissance, la montée en puissance de l’armée afghane, des institutions afghanes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait cinq ans que j’entends ça, Hervé MORIN, depuis le début.
HERVE MORIN
Oui, mais nous sommes dans une année charnière dans laquelle nous avons déployé une nouvelle stratégie qui cherche à s’appuyer sur la population et gagner la confiance de la population dans la reconstruction de son propre pays. Et donc, moi je vous donne rendez-vous dans un an.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dans un an, nous allons reconsidérer notre présence en Afghanistan, Hervé MORIN ?
HERVE MORIN
Je vous donne rendez-vous dans un an parce que dans un an, nous aurons fait la preuve que la stratégie qui a été mise en place permet désormais de confier un certain nombre de districts qui sont aujourd'hui sous notre responsabilité à l’armée, à l’armée, à la police et aux institutions afghanes.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire un début de retrait.
HERVE MORIN
Puisqu’à la fin de l’année normalement, c’est l’objectif. Nous nous sommes fixés des étapes intermédiaires et moi, je voulais cela, je le réclamais en permanence au sein de l’alliance atlantique, de dire : « Je veux qu’on puisse dire à la communauté internationale : vous voyez l’action que nous menons permet aujourd'hui de transférer des zones aux Afghans ». Et donc, normalement on doit commencer à la fin de l’année. J’espère que nous serons en mesure, au cours de l’année prochaine, en 2011, de commencer à transférer des zones françaises, et notamment la zone de Surubi qui est aujourd'hui une zone calme, aux Afghans. Et vous aurez ainsi la démonstration que progressivement, des institutions afghanes se mettent en place. À ce moment-là, si nous n’avons pas été capables de le faire, ou si ce que nous avons transféré très vite retombe dans le cahot, là vous aurez le droit de me dire : « Mais qu’est-ce qu’on fait en Afghanistan ? ». Mais pour l’instant, en effet le début d’année est extrêmement difficile. Nous avons perdu beaucoup d’hommes. Vous savez, ce n’est pas une décision facile, simple d’envoyer des troupes supplémentaires.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’imagine, j’imagine. C’est pour ça que je pose la question.
HERVE MORIN
Mais moi, ceux qui nous donnent des leçons, je leur demande quelle est la solution alternative.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il ne s’agit pas de donner des leçons.
HERVE MORIN
Si, si, mais je ne parle pas de vous.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je ne parle pas de moi. Il s’agit de poser des questions. Hervé MORIN, je reprends ce que dit Washington : la guerre va peut-être durer encore dix ans. C’est ce qu’on dit à Washington.
HERVE MORIN
Oui, mais sauf qu’OBAMA dit…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a un malaise dans l’armée américaine, vous le savez bien, autour de l’Afghanistan. La semaine dernière, en France, le général DESPORTES qui est le patron des écoles de guerre a déclaré, je le cite : « La situation n’a jamais été pire ».
HERVE MORIN
Oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
« C’est une guerre américaine. Il faudra revoir la stratégie. La France n’a pas voix au chapitre ». D’abord, est-ce qu’il va être sanctionné ?
HERVE MORIN
Le même général…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu’il sera sanctionné, ce général ?
HERVE MORIN
Il sera sanctionné.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera sanctionné ? Le général DESPORTES sera sanctionné ?
HERVE MORIN
J’attends – j’ai évoqué ce sujet avec le chef d’état-major des Armées et le chef d’état-major de l’Armée de terre puisque la procédure que la proposition soit faite par le chef d’état-major de l’Armée de terre, mais j’ai clairement indiqué au chef d’état-major de l’Armée de terre, le général IRASTORZA, que le général DESPORTES est soumis à une obligation de réserve. Son devoir de réserve, dans l’exercice de ses fonctions, l’impose à ne pas manquer de discernement. Et il a manqué de discernement.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez qu’il n’est pas le seul à penser cela dans l’armée française, Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Oui, mais enfin jusqu’à nouvel ordre, Jean-Jacques BOURDIN, les militaires sont sous l’autorité des politiques.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ils se taisent.
HERVE MORIN
Que non ! Que comme chaque fonctionnaire ! Moi, je suis fonctionnaire à l’origine. Je n’ai pas été toute ma vie homme politique. Et quand j’étais fonctionnaire, j’appliquais et j’exécutais les ordres de la majorité en place et je faisais en sorte que les politiques qui étaient déterminées, elles soient mises en œuvre par celles et ceux qui en ont la charge.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous avez des nouvelles concernant nos deux confrères et leurs accompagnateurs afghans, toujours détenus depuis décembre dernier ?
HERVE MORIN
Vous savez que c’est un sujet sur lequel moins on en dit, mieux c’est. Moi j’ai espoir, voilà. Je pense que les choses…
JEAN-JACQUES BOURDIN
On est en négociations ? En discussion avec les ravisseurs ?
HERVE MORIN
Nous avons aujourd'hui des canaux de discussion qui semblent des canaux avérés.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc les discussions sont engagées ?
HERVE MORIN
Et donc, moi j’ai espoir que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les discussions pour leur libération sont engagées ?
HERVE MORIN
Non, c’est beaucoup dire. Mais aujourd'hui, on a des canaux de discussion qui semblent s’avérer des canaux fiables avec lesquels on peut engager une discussion.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc dialogue maintenu avec les ravisseurs.
HERVE MORIN
Dialogue, c’est beaucoup dire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Contacts indirects avec les ravisseurs.
HERVE MORIN
Vous ne m’en ferez pas dire plus que cela.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Dites-moi, mes deux confrères et leurs accompagnateurs afghans ne vont pas payer les frais dépensés par l’Etat français ?
HERVE MORIN
Mais qui vous dit cela ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je vous dis cela parce qu’il y a eu ce texte de loi qui a été voté par le sénat et qui est venu à l’assemblée nationale. Bon.
HERVE MORIN
Attendez. Il n’est absolument pas question un seul instant qu’un otage français, où qu’il soit, soit amené à payer les frais liés à sa libération. Enfin ce serait, j’allais dire, totalement contraire à l’idée…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourtant, j’avais cru entendre en même temps de l’Elysée qu’ils avaient pris des risques inconsidérés.
HERVE MORIN
Enfin, écoutez, il y a deux temps pour cela.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai entendu ça. Vous aussi, Hervé MORIN, vous l’aviez entendu.
HERVE MORIN
Oui, moi aussi je l’ai entendu. Il y a deux temps pour cela. Il y a le temps de la libération, où nous mettons en œuvre tous les moyens possibles pour qu’ils soient libérés. C’est notre priorité tous les jours. Chaque semaine, aux plus hauts niveaux de l’Etat, nous faisons le point. Nous essayons de voir quels sont les moyens que nous pouvons mettre en œuvre pour faire en sorte qu’ils soient libérés comme les autres otages qui sont retenus sur la planète. Ça, c’est très clair. Et le deuxième élément, c’est que la République française ne va tout de même pas faire payer à ses compatriotes et ses concitoyens les frais de libération. Honnêtement, où en serions-nous ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Hervé MORIN, dernier mot sur l’Afghanistan. J’ai encore vu que quatre milliards de dollars avaient été détournés vers l’étranger et transité par l’aéroport de Kaboul. Vous avez vu ça ? Transférés à l’étranger. C’est le Times qui l’annonce, le quotidien britannique.
HERVE MORIN
Ecoutez, voilà. Bon !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la corruption se poursuit.
HERVE MORIN
La lutte contre la corruption fait partie des politiques que le gouvernement Karzaï doit mettre en œuvre avec une vigueur améliorée. Ça ne fait aucun doute.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est 8 heures 43. Hervé MORIN est avec nous ce matin. On va parler de l’affaire Bettencourt – Woerth et on va parler de ce qui s’est passé au sénat aussi. On va parler de votre parti, le Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Ça fait beaucoup.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça fait beaucoup mais on est là pour ça. 8 heures 43, à tout de suite.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN est notre invité ce matin. Hervé MORIN, l’affaire Bettencourt. Eric WOERTH doit-il partir ?
HERVE MORIN
Certainement pas. Vous savez, je voudrais que nos compatriotes aient conscience que nous vivons… Je voudrais simplement leur dire dans quel monde on vit. Dans quel monde on vit ? Celui de la dénonciation, de la rumeur, de la calomnie et où est l’Etat de droit dans lequel nous vivons ? Où est le monde réel ? Celui de la présomption d’innocence, du droit de la défense ? Eric WOERTH est chaque jour calomnié à partir de rumeurs.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon, c’est des témoignages. Ce n’est pas de la rumeur.
HERVE MORIN
Mais enfin, c’est un témoignage contre un autre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est témoignage contre témoignage. C’est le témoignage d’un ex comptable, c'est-à-dire d’une dame peut-être tout à fait respectable, contre le témoignage qui n’est pas plus respectable qu’une ex comptable, Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Peut-être, oui. Ecoutez, moi je vous dis une chose.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi, je mets les deux témoignages sur le même plan. Pas vous ?
HERVE MORIN
Non, non, très bien : c’est un politique, donc on peut faire tout et n’importe quoi.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pas du tout. Oublions, oublions.
HERVE MORIN
Je vous dis ça et je ne réponds pas par réflexe corporatiste.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.
HERVE MORIN
Je vous dis : ce qui se fait sur Eric WOERTH, c’est une tyrannie. Et je pèse mes mots. En effet, cet homme est simplement tous les jours calomnié à partir de quoi ? D’une déclaration, d’une rumeur, d’un bout d’information.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, d’un témoignage, ce qui n’est pas pareil qu’une rumeur, Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Un témoignage, oui. Excusez-moi, y a-t-il la moindre information judiciaire ? Est-ce qu’il y a la moindre enquête ? Est-ce qu’il y a la moindre instruction ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui. Elle a été entendu par la police, mais oui.
HERVE MORIN
Oui, mais est-ce qu’Eric WOERTH fait l’objet du moindre élément ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, et c’est devant la police qu’elle a apporté ce témoignage, Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Certainement pas. Où est le contradictoire ? Où sont les droits de la défense ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce que Hervé MORIN ne porte-il pas plainte ?
HERVE MORIN
Eric WOERTH vous voulez dire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eric WOERTH, pardon.
HERVE MORIN
Je vais vous dire, Jean-Jacques BOURDIN…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce qu’il ne porte pas plainte ?
HERVE MORIN
Je vais vous dire et je le dis à nos compatriotes qui nous écoutent. Avec un système comme celui-ci, dont d’ailleurs une des raisons est le développement des nouvelles technologies de l’Internet et de la compétition effrénée entre la presse médiatique classique et Internet, où on fait que plus rien n’est contrôlé.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sont les médias qui sont responsables ?
HERVE MORIN
Où on peut lancer la moindre information en toute impunité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, vous accusez les médias ce matin d’être responsables de ce qui se passe ? Je vous pose la question.
HERVE MORIN
Je vous dis, Jean-Jacques BOURDIN, ce qui se passe pour Eric WOERTH, ça peut se passer pour chacun d’entre nous. Les journalistes, les sportifs, le médecin, l’enseignant, tout le monde. Que chacun ait conscience de cela. Ce qui se passe est une dérive extrêmement grave, où on ne prend pas le temps, un seul instant, de vérifier simplement l’information qui vous est donnée, de comprendre quel est le mécanisme.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais comment savez-vous qui ment ?
HERVE MORIN
Bien moi, je vous dis j’ai confiance en Eric WOERTH et quoi qu’il arrive, il a le droit au moins à la présomption d’innocence.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, qu’il soit entendu par la justice, qu’une enquête parlementaire, qu’une commission d’enquête parlementaire travaille.
HERVE MORIN
Il a le droit que chaque information soit vérifiée comme tout bon journaliste doit le faire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a raison, vous avez raison.
HERVE MORIN
Je vais vous dire une chose, Jean-Jacques BOURDIN.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
HERVE MORIN
On a parlé de l’Afghanistan tout à l'heure : j’ai vécu la même chose avec l’Afghanistan. Ça ne me concernait pas personnellement, mais j’ai quand même vécu la une d’un grand journal du soir, au moment du drame d’Uzbin et de nos dix soldats. « L’OTAN a tiré sur nos soldats ». C’est l’OTAN et ce sont les avions américains qui ont sauvé d’un drame plus fort et plus grave encore nos soldats. Attendez, mais j’ai eu… J’avais les rapports des états-majors et le lendemain, nous avions beau expliquer à tous vos confrères que tout cela était archifaux, que c’était sans fondement. Je leur disais mais on a eu les soldats crucifiés, les soldats égorgés, nous avons eu – nous avons eu, Jean-Jacques BOURDIN, à partir du blog d’un adjudant-chef à la retraite, écoutez-moi bien, qui a fait l’objet de la page trois d’un très grand journal, une page entière en annonçant qu’il s’agissait d’un rapport des services secrets auprès de l’alliance atlantique, à Kaboul. Ça a fait la page trois de ce journal. C’était le blog d’un adjudant-chef à la retraite qui se posait des questions.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce journal, c’est Le Monde, si j’ai bien compris.
HERVE MORIN
Non, ce n’était pas Le Monde en l’occurrence.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel était ce journal ?
HERVE MORIN
Peu importe.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel était ce journal ?
HERVE MORIN
C’est Le Canard Enchaîné. Très bien, écoutez. Moi, je vous dis, j’ai vécu cela où chaque jour on nous mettait des tombereaux d’information soit disant avérées, qui s’avéraient totalement fausses. Et je demande qu’Eric WOERTH soit considéré comme un homme comme les autres qui a le droit…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais qu’on revienne à l’affaire et calmement.
HERVE MORIN
Non, non, non, non. Parce que c’est…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais personne ne conteste à Eric WOERTH le droit de se défendre. La preuve : il va au 20 heures de TF1 pour se défendre, Hervé MORIN. Personne ne conteste le droit…
HERVE MORIN
Je dis qu’il a droit comme les autres à la présomption d’innocence.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui. Alors ouvrons une commission d’enquête parlementaire à l’assemblée nationale. Vous êtes pour ou contre ?
HERVE MORIN
Mais après, qu’on mette tous les moyens, pourquoi pas ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Pourquoi Eric WOERTH ne dépose-t-il pas plainte ? Je vous pose la question, puisque ce sont des mensonges selon vous, toutes ces déclarations.
HERVE MORIN
Mais écoutez, s’il le faut il le fera. Je n’ai pas en tête quels sont les moyens de défense qu’il envisage, mais ce que je vous demande simplement de bien avoir en tête, c’est que ce système-là, qui aujourd'hui frappe tel ou tel politique, il peut demain concerner chacun d’entre vous.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Est-ce qu’il est victime d’un complot, Eric WOERTH ? Je ne sais pas, moi, d’un complot médiatique. C’est ce qu’il me semble entendre : d’un complot médiatique, d’un complot politique.
HERVE MORIN
Je constate que, chaque jour, on apporte une information nouvelle. Que cette information nouvelle dans la journée disparaît pour nous en mettre une autre, et chaque jour on a oublié que la veille, la démonstration a été faite…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais pardonnez-moi de vous dire que beaucoup d’informations ont été avérées. 30 millions d’euros reçus par Liliane BETTENCOURT.
HERVE MORIN
Oui, et en quoi c’est illégal ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne dis pas… L’information s’est avérée exacte, Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Il y a un dispositif législatif qui s’appelle le bouclier fiscal. En quoi Eric WOERTH est-il coupable que les services de l’administration fiscale mettent en œuvre un dispositif ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Personne, mais personne n’a dit qu’Eric WOERTH était coupable de cela.
HERVE MORIN
Bien sûr que si. On a expliqué qu’à partir du moment où Liliane BETTENCOURT avait touché 30 millions d’euros au titre du remboursement lié au bouclier fiscal, il avait forcément quelque chose à faire dans cette histoire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Alors création d’une commission d’enquête parlementaire, vous y êtes favorable, si j’ai bien compris.
HERVE MORIN
Moi, je… Le parlement est souverain sur ce genre de chose. Il y a un droit de tirage désormais des groupes de l’opposition.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous, vous êtes président du Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Oui. Enfin, il y a un droit de tirage des groupes de l’opposition sur les commissions d’enquête. Si le Parti socialiste a envie de faire une commission d’enquête, il pourra la faire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La demander. Est-ce qu’Eric WOERTH doit choisir entre la fonction de trésorier de l’UMP et de ministre du Travail ? Franchement.
HERVE MORIN
Je pense qu’il y aura après cette histoire, qui un jour se terminera, je pense que pour nous tous, des exigences démocratiques complémentaires seront demandées.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il doit choisir ?
HERVE MORIN
Et je pense qu’il y aura notamment une période où le monde politique devra s’interroger sur la séparation d’un certain nombre de fonctions.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aujourd'hui, il doit choisir. Pourquoi s’interrogerait-on dans quelques semaines, dans quelques mois ?
HERVE MORIN
Je veux dire, on n’est pas à trois jours près.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais…
HERVE MORIN
J’essaye de vous tracer des pistes. Je pense qu’il y aura forcément une ère nouvelle qui s’ouvrira. Et dans cette ère nouvelle, il y aura une séparation plus claire des fonctions et aussi pour moi, la fin du cumul des mandats.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous aussi vous demandez la fin du cumul des mandats.
HERVE MORIN
Moi, je suis pour la fin du cumul des mandats. Parce que je pense qu’on ne peut pas être la seule démocratie européenne à continuer à avoir – alors que je suis un affreux cumulard – mais je ne pense pas… Je pense qu’un jour ou l’autre, la démocratie française sera, se mettra à l’aune de ce que font les autres démocraties, c'est-à-dire de faire en sorte qu’on puisse avoir des mandats à la fois locaux, puis des mandats nationaux, puis revenir sur le local. Mais que nous ayons enfin des hommes et des femmes qui, au parlement, soient à temps plein.
JEAN-JACQUES BOURDIN
« J’ai choisi de démissionner » a dit Alain JOYANDET ce matin sur RTL, chez nos confrères. Ce n’est pas ce que l’Elysée avait dit dimanche. « Nous avons demandé à messieurs JOYANDET et BLANC de démissionner ». Il a choisi, c’est lui qui a choisi de démissionner.
HERVE MORIN
Vous êtes journaliste avéré et vous avez dû voir que, je crois sur son blog, c’est ce qu’Alain JOYANDET disait le dimanche.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Christian BLANC a fait la même chose ?
HERVE MORIN
Je n’en sais rien.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n’en savez rien. Bien. Hervé MORIN, je vais vous parler de ce qui s’est passé au sénat. Que s’est-il passé au sénat ? Voilà que les députés…
HERVE MORIN
Les sénateurs.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Les sénateurs centristes ont rejeté un texte du gouvernement. Pourquoi ?
HERVE MORIN
Ecoutez, c’est le jeu normal des navettes parlementaires.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.
HERVE MORIN
Le gouvernement a présenté un texte sur les collectivités locales.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mode d’élection des collectivités territoriales, oui.
HERVE MORIN
Les centristes voulaient deux choses. Voulaient, d’une part, qu’il y ait une vraie clarification des compétences entre tous ces échelons de collectivités. Qu’enfin on mette de l’ordre dans un système extrêmement complexe, coûteux, qui fait qu’on multiplie les services à tous les échelons, et qui est lourd. Chaque maire, chaque président d’association, sait combien pour faire sortir un dossier, compte tenu du maquis administratif dans lequel on est, ça demande beaucoup de temps. Et donc, nous demandions depuis longtemps que chaque collectivité locale soit spécialisée, que le département ait des compétences, la région ait des compétences, mais qu’on ne soit pas dans un système dans lequel pour, je ne sais pas, le financement de tel ou tel équipement sportif, vous allez déposer un dossier dans une communauté d’agglomération, un dossier dans un département, un dossier dans une région et un dossier à l’Etat, tout ça pour que chacun apporte 5 %, 10 %. Vous imaginez ce que ça représente en terme de complexité et de coûts administratifs ? Bien, l’assemblée nationale est revenue sur le dispositif du gouvernement. Le texte arrive au sénat, il est donc logique que les sénateurs centristes veuillent faire en sorte que ce que nous défendions – et d’ailleurs, ce qu’avait proposé le gouvernement – soit réinscrit dans le texte. Ça, c’est le premier élément. Le second : nous avons toujours défendu l’idée que les collectivités locales devaient avoir un mode de scrutin qui associait deux éléments.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Uninominal à deux tours disait le gouvernement.
HERVE MORIN
La proportionnelle d’une part pour permettre la représentation pluraliste des courants politiques et les territoires. C'est-à-dire un mode de scrutin uninominal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous demandez un peu de proportionnelle.
HERVE MORIN
Et donc, ce que le gouvernement proposait en texte initial.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Initialement.
HERVE MORIN
Le groupe UMP à l’assemblée nationale s’est prononcé pour un mode de scrutin à deux tours classiques ; il est logique que le sénat et que les sénateurs centristes reviennent sur une proposition qui était la nôtre. Voilà.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui était la vôtre.
HERVE MORIN
Et le jeu, le dialogue entre l’assemblée nationale et le sénat est un dialogue naturel et normal, dans un système bicaméral.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, vous serez candidat à la présidence de la République ?
HERVE MORIN
Ça, ce n’est pas le sujet du moment.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais attendez, Hervé MORIN. La dernière fois que vous êtes venu, vous m’avez dit oui !
HERVE MORIN
Non, je ne vous ai jamais dit ça !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon ?
HERVE MORIN
Je vous ai dit…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu’il y aurait un candidat de votre parti. Le Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Ce n’est pas la même chose. Je vous ai dit qu’aujourd'hui, dans une société complexe comme la société française, comme toutes les sociétés modernes d’ailleurs, on ne pouvait pas limiter l’offre politique à un candidat à droite et un candidat à gauche.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura un candidat du Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Et le président du parti que je suis a pour ambition de faire en sorte que le moment venu, les militants du Nouveau Centre et les militants centristes puissent désigner celui ou celle qui portera nos couleurs à l’automne 2011.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura un candidat du Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Il n’y a rien de nouveau en la matière. Mon ambition, c’est de faire en sorte que cette famille politique qui s’appelait l’UDF…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura un candidat du Nouveau Centre à la présidentielle ?
HERVE MORIN
Il y aura quelqu'un, je l’espère, qui sera celui qui portera…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc un candidat du Nouveau Centre.
HERVE MORIN
Un projet de société profondément européen, attaché à la responsabilité individuelle.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez légèrement reculé là, un peu. Non ?
HERVE MORIN
Non, je ne recule rien.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, il y aura un candidat du Nouveau Centre ou pas ?
HERVE MORIN
Monsieur BOURDIN, je veux faire en sorte que cette…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi vous ne me répondez pas ?
HERVE MORIN
Mais je peux envie comme j’ai envie de répondre !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça c’est sûr. Mais moi, je peux poser les questions comme j’ai envie de les poser. Elle est directe, je vous pose une question : oui ou non ?
HERVE MORIN
Je vous dis que moi, ce que je souhaite, c’est que cette ambition-là, que notre famille politique, que notre courant de pensée soit représenté à l’élection présidentielle, cette ambition je la porte pour une famille politique. Je veux que ce soit une ambition collective, parce que – excusez-moi, nous avons trop souffert des ambitions qui sont uniquement personnelles et qui deviennent des obsessions.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Deux questions politiquement concrètes pour terminer, parce que nous sommes pressés. Est-ce qu’il faut – certains ont demandé la suppression du défilé militaire du 14 juillet.
HERVE MORIN
C’est idiot.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas question ? Idiot, bon.
HERVE MORIN
Non mais attendez. Le 14 juillet, c’est un moment de communion entre la nation et ses armées. Très franchement…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Idiot.
HERVE MORIN
C’est les Verts de la ville de Paris qui ont proposé ça.
JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai vu ça, oui. Est-ce que vous continuez à percevoir votre indemnité de conseiller régional ?
HERVE MORIN
Oui mais pour tout vous dire, je vais…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors que vous n’y allez jamais.
HERVE MORIN
Non, ça c’est faux.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Très peu.
HERVE MORIN
Mais enfin, écoutez, le jour où on décidera de faire en sorte qu’un conseil régional s’occupe de questions régionales et non pas nous reproduise des débats politiques du même aune, honnêtement moi je ne suis pas là pour entendre…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-il normal de toucher une indemnité quand on ne va jamais…
HERVE MORIN
J’y vais d’une part, et d’autre part, même si je n’y vais pas souvent en effet, mais moi ce que je souhaiterai, c’est qu’un conseil régional traite d’affaires régionales e ne reproduise pas simplement l’assemblée nationale.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous allez abandonner votre indemnité ?
HERVE MORIN
Et pour tout vous dire, je vais bientôt régler cette question-là.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Cette question-là.
HERVE MORIN
Voilà.