Vie du parti

Déplacement en Limousin

Lundi 6 juin 2011

Quel est le plus émouvant à Oradour-sur-Glane? Le silence sur les ruines ? Le tas de fonte qui fut autrefois la cloche de l’église et gît désormais par terre, pauvre ferraille tordue dans un coin de l’édifice à ciel ouvert où périrent les femmes, les enfants et les nourrissons tandis que leurs fils, frères, amis et époux étaient mitraillés dans les granges de la ville martyr?
Tout en retenue, le récit de Robert Hebras, rescapé miraculeux de cette tragédie humaine qui fit 642 victimes en une après-midi compte certainement parmi les plus dignes témoignages qu’il nous est donné d’entendre sur un massacre.
Après s’être tu durant presque toute sa vie, le vieil homme raconte ce 10 juin 1944 lorsque les forces nazies déterminées pénétrèrent dans son village, rassemblèrent la population sur le champ de foire, divisèrent les hommes en plusieurs groupes, puis, méthodiquement abattirent tous les habitants avant de mettre le feu aux maisons. Robert avait 19 ans et ne doit sa vie sauve qu’aux cadavres de ses camarades tombés sur lui. C’est un autre miracle qui lui permit de se glisser hors de la grange, ses vêtements couverts du sang de ses amis, les derniers mots des mourants et ce bruit terrible des coup de grâce délivrés par les nazis imprimés à jamais dans son esprit.
Il parle d’une voix douce en parcourant les rues détruites du bourg que le Général de Gaulle a souhaité ne jamais voir reconstruit pour témoigner de la folie des hommes. C’est Robert Hebras qui a insisté pour que l’on appose de modestes plaques sur les maisons. Ici, le boulanger, là le café, plus loin un hôtel pour que les jeunes d’aujourd’hui réalisent qu’il n’y pas si longtemps ce fut un village vivant, on y jouait au foot, on y pêchait dans la rivière, on y rêvait, commerçait et cachait des enfants juifs dans les familles.


Visiter Oradour aujourd’hui permet de transcender la tragédie humaine pour porter un message d’avenir, celui d’une gouvernance européenne avec une véritable politique de défense. Nous vivons en paix depuis 65 ans mais n’oublions pas que l’effort de défense est une obligation en dépit des difficultés budgétaires.

Excepté la France et l’Angleterre, l’Europe a démissionné sur cette question alors que l’outil militaire est à considérer comme un instrument diplomatique si nous voulons continuer à peser sur les décisions mondiales et ne pas passer sous condominium sino-américain d’ici trente ans. 

Voilà, ce que je souhaitais dire aux militants limousins avant de retrouver quelques paysans sur l’exploitation agricole de Marie France et Etienne Dumont Saint Priest à la Geneytouse pour une table ronde.

Je tiens à préciser comme je le fais régulièrement que le mot paysan, monde que je connais bien, est dans ma bouche un mot magnifique qui désigne celui qui nourrit le pays.

A la Geneytouse, la discussion porte sur les difficultés des éleveurs bovins et ovins face à la filière viande. Des bêtes labellisées en partie, des animaux vendus au rabais, des appellations qui ne sont pas mises en valeur. Une même bête peut se voir découpée en quelques kilos labellisés à l’exclusion de la carcasse par exemple, un agneau dit du Limousin être élevé en Pologne, une génisse nourrie aux céréales bios vendue au même prix qu’une viande de moins bonne qualité.
Au cri du cœur d’une agricultrice, « nous vendons nos animaux moins chers que du temps de nos parents » se pose la question de la reprise des exploitations par les jeunes mais également, la nécessité de se regrouper pour retrouver un pouvoir décisionnel face à la grande distribution qui fixe les prix du marché.
Retrouver le lien social entre le producteur et le consommateur, renouer contacts avec les bouchers, discuter des prix avec les patrons des supermarchés, convaincre de la qualité et de la traçabilité, amorcer une pluriactivité au sein des exploitations et revaloriser les labels sont autant de pistes de travail qui se dégagent de notre échange.
Sortir de la relation de « servage » dont se plaint le monde agricole nécessite de mettre sur pied une organisation cohérente qui manque actuellement cruellement à la filière.