Paris, le mercredi 25 mai 2011
«L’héroïne, la cocaïne, j’ai tout arrêté depuis six ans et demi», explique Gilles, 52 ans, toxicomane depuis 27 ans. Très élégant avec sa petite moustache taillée au millimètre et son polo orangé, Gilles est passé par un autre centre de soin pour les addictions avant d’atterrir au service d’Addictologie Moreau De Tours à l’Hôpital Sainte-Anne (CSAPA). Depuis, il est assidu. Presque un référent concernant le milieu de la toxicologie qu’il connaît de fait particulièrement bien. Tellement bien que parfois, le Dr Xavier Laqueille, directeur de ce service depuis sa création en 2005 lui demande son avis. Sur les salles d’injection par exemple, Gilles est contre « à cause des risques de trafic ».
Si Xavier Laqueille n’est pas favorable à ce système des « salle de shoot », c’est pour d’autres raisons. La politique de traitement des risques a été efficace ces dernières années en France : presque plus de contamination au sida chez la population droguée, très peu d’overdoses et pas de « scène publique » où les toxicomanes « colonisent » un lieu comme le fut autrefois l’îlot Chalon.
En revanche, ce qu’il manque dans les services d’addictologie comme celui qu’il dirige ce sont des lits - son projet est d’en installer douze - pour qu’il n’y ait pas de rupture de suivis dans des traitements parfois très longs.
Au patient de se motiver
Au CSAPA-Moreau de Tours, le petit bâtiment est autonome, situé à l’écart du Centre hospitalier de Sainte Anne et, précédé par un petit jardin formant sas de décompression avec la rue. L’équipe médicale (4 psychiatres, 2 internes, 4 attachés, 3 psychologues) travaille sur la « thérapie motivationnelle » au lieu d’obliger les patients à se soigner.
« On ne leur dit pas « Faut arrêtez mon vieux ! » mais, on dresse ensemble la liste des avantages et des inconvénients que l’on met en balance », explique Laqueille.
« Les gens qui viennent ici sont très bien suivis mais, c’est au patient d’être motivé », renchérit Jean *, 40 ans qui a « beaucoup changé » depuis qu’il est pris en charge. Au point de se marier, d’être papa d’un petit Thomas de 3 mois et, de travailler à la mairie de Paris. Un travail qu’il a obtenu grâce à l’association Ligne de Vie qui œuvre directement depuis le service à la réinsertion des personnes dépendantes.
Victoire aussi pour Nicole, qui n’a « pas touché une goutte d’alcool depuis 4 ans » après une succession de cures qui n’ont mené à rien. « Je leur doit beaucoup », dit-elle en évoquant le suivi psychologique dont elle a bénéficié ici.
Addiction et problèmes psychologiques
Aborder le traitement des addictions de façon globale est en effet la grande force du service dirigé par le Dr Laqueille dans cet établissement de Santé publique.
Ne pas se contenter de traiter uniquement la toxicomanie, mais s’intéresser aux problèmes psychologiques – bi-polarité, angoisse, schizophrénie - qui l’accompagnent, en découlent ou l’ont provoqué.
C’est un parcours individuel long, parfois erratique mais, essentiel pour s’en sortir.
Souplesse et cadre strict
Toutes les addictions – héroïne, cocaïne, cannabis, alcool et jeu - sont traitées dans ce service ambulatoire ouvert tous les matins sans rendez-vous. Une souplesse indispensable pour que les patients reviennent. Ils furent 835 avec tous les profils à consulter en 2010, fils de banquiers, anciens taulards, femmes à la rue. Moyenne d’âge : 35 ans.
Venir chercher une dose de méthadone, parler, être écouté par une psychologue, revenir et, petit à petit avoir envie de guérir dans le cadre de cette unité très structurante.
« Je passe mon temps à mettre de l’ordre, raconte Laqueille. Dire non par ci, non par là. Nous ne sommes plus à l’époque des névroses de Freud. Notre société génère de la dépendance et des revendications. La plupart des pathologies aujourd’hui naissent d’une perte de repère, de la perte des limites qui induit des supports d’agressivité. Générés y compris par les parents trop anxieux vis à vis de leurs enfants qui ne supportent plus ce poids ».
Les chiffres de consommation du cannabis chez les adolescents sont édifiants, 30% en consomment, 10 % plusieurs fois par mois et, 10% plusieurs fois par jour.
Mais, il est une autre addiction qui se profile : internet. Une pathologie déjà très présente dans les pays asiatiques et qui commence à se profiler en France parmi les jeunes.