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23.01.2012 : Interview d'Hervé Morin - Nice Matin

Des cadres de votre parti comme André Santini, Maurice Leroy, François Sauvadet ou Jean- Christophe Lagarde ne soutiennent plus votre candidature. Ne vous sentez-vous pas un peu seul ?
Lagarde a toujours été mon ennemi au sein du parti depuis quatre ans. Santini s'est opposé à la candidature de Bayrou en 2007 et il est dans les Hauts-de-Seine… Quant aux deux autres, ils sont ministres et ils font le job !
Le Nouveau Centre tient son congrès le 25 février ; les jeunes de votre parti vont y appeler à rallier Bayrou…
Il y aura débat lors de ce congrès. Mais l'élection présidentielle, c'est la décision d'une personne qui décide d'aller porter un projet politique. Pour autant, j'imagine mal continuer si mon parti ne me soutenait pas. Mais personne ne me dictera mon choix.


Qu'est-ce qui vous différencie tant de François Bayrou ?
Beaucoup de choses. Prenez son discours de Dunkerque. Il dit qu'il est le candidat anti-système : il a été secrétaire général de VGE, ministre de Balladur, président de parti depuis 20 ans… Il se prétend le fils du peuple car il est fils de paysan. Et moi alors ? Je suis fils de maçon et fils de paysan aussi! Il est sur une culture du chef. Mais quand on est centriste, on ne croit pas en l'homme providentiel…
Les sondages lui sont pourtant favorables…
François Bayrou, c'est un compte d'attente! Six à sept Français sur dix disent que leur choix n'est pas fait. Quant à ceux qui envisagent de voter Bayrou, 60 à 70% disent pouvoir encore changer d'avis… Son score actuel est juste le reflet qu'il n'y a pas d'appétence pour Hollande et Sarkozy !


Où en sont vos relations avec Jean-Louis Borloo ?
Borloo, avec sa fibre valenciennoise, a sa place dans le contexte d'un centre réuni. Comme moi avec ma fibre rurale et libérale. La famille centriste n'est pas monolithique. Elle est issue de trois grands courants de pensée : les démocrates chrétiens, les libéraux et les radicaux. Ce qui nous rassemble : une idée d'ouverture et de tolérance.


Faites-vous toujours partie de la majorité présidentielle ?
Nous sommes le "centre clair". Ni dans l'ambiguïté, ni dans l'équivoque. Je ne demande pas un chèque en blanc aux Français. J'ai été ministre pendant trois ans et demi. J'assume, je ne regrette rien. Il y a eu certes des erreurs que l'on paie aujourd'hui lourdement, mais je suis dans une démarche qui est celle de donner deux jambes à la majorité. Car il nous a manqué des forces d'équilibre et des forces de correction.
Vous venez de rencontrer Nicolas Sarkozy. Pour négocier le retrait de votre candidature?
J'ai évoquéŽ avec le président de la République quel était le sens de mon engagement politique. Nous avons eu un entretien franc et courtois où nous avons évoqué à la fois la situation politique et la situation économique et sociale du pays. Nous avons convenu l'un et l'autre de nous revoir…


Comment l'avez-vous trouvé ?
En pleine forme et sans doutes…


Vous avez tenu des propos durs à son encontre…
J'ai observé que je n'avais pas forcément tort. Son comportement à la tête de l'Etat a changé. Je constate que ce que j'appelle la sobriété du pouvoir, il l'a mise en exercice. L'annonce permanente était anxiogène.


Peut-il encore gagner ?
Le contexte est très difficile.


Son bilan est-il un passif pour lui ?
Il y a eu des échecs et des réussites. On n'a pas restauré la compétitivité du pays, mais on a fait des réformes structurelles utiles. Il a manqué d'une ligne directrice permanente.


Est-on crédible lorsque l'on pèse 0 à 1% dans les sondages ?
Montebourg était à 1% quand a commencé la primaire socialiste… Je suis un candidat neuf et, comme tous les petits candidats, exclu du débat médiatique

Vous êtes favorable à une "TVA pour l'emploi". Quel en est le principe, et quelle est la différence avec la TVA sociale ?
Je n'aime pas l'idée de TVA antidélocalisation. C'est un leurre de considérer qu'on va lutter contre les délocalisations en Chine ou en Inde par la baisse des charges sociales. Nous avons besoin d'être performants en Europe. Cette TVA ne peut pas simplement être un cadeau. C'est une répartition entre augmentation du pouvoir d'achat des salariés et amélioration de la compétitivité.


Vous proposez aussi l'exonération de charges sociales patronales pendant un an pour la première embauche. Combien cela coûtera-t-il ?
Deux milliards. Vous avez des jeunes à qui on dit qu'ils n'ont pas de première expérience, et des entreprises qui considèrent qu'embaucher un jeune a un coût, car il lui faut des mois avant d'être productif. Le pays doit donc leur mettre le pied à l'étrier. Cette mesure s'inscrira dans le cadre d'un CDI. Il faut distinguer les mesures liées à la crise du moment et la politique structurelle nouvelle qu'il faut mener. Celle-ci doit favoriser la production.


La semaine de 37 heures, c'est indispensable pour gagner en compétitivité ?
Nous sommes le pays européen où on travaille le moins. Je dis aux Français : la situation est grave, il va falloir donner un coup de collier. Quand nous étions à 39 heures par semaine, c'était si violent la vie en France ? C'était le goulag ? Cette mesure améliorera la compétitivité des entreprises. Nous gagnerons immédiatement 0,4 point de croissance en plus et ferons 12 milliards d'euros d'économie.


Cela passera par une loi ?
Oui, sinon nous n'y arriverons pas.


A quoi servira le contrat de travail unique que vous appelez de vos vœux ?
Le droit du travail est extrêmement rigide, de manière à protéger les salariés. Dans le même temps, 80 % des embauches en France portent sur des CDD de moins d'un mois. Je souhaite supprimer le CDD et le CDI au profit d'un contrat de travail unique où, au fur et à mesure des mois passés vous avez droit aux allocations chômage, à la formation, etc. En même temps, je donne à l'entreprise un peu de souplesse pour lui permettre d'adapter ses effectifs en fonction de la situation économique.


Vous interdirez vraiment le cumul des mandats et des fonctions ?
Il faudra progressivement aller vers le mandat unique de député. Il faut réoxygéner la vie politique.


Comment se traduira la priorité donnée à l'école primaire et à l'autonomie des établissements ?
Le destin scolaire d'un enfant se joue au primaire. 20 % d'une classe d'âge est en situation de grand échec scolaire. Je défends l'idée du regroupement des collèges et des écoles dans un établissement public unique. Il faut adapter les moyens en fonction de chaque situation.


Faut-il davantage de personnel enseignant ?
Il faut mettre les profs qu'il faut. Il faudra probablement recruter.


L'accompagnement des familles doit-il passer au besoin par des sanctions ?
Pourquoi pas, mais il ne faut pas poser cela en postulat de base.


Faut-il mieux payer les enseignants ?
Les enseignants vivent mal leur métier. Il faut un nouveau contrat entre l'école et la nation qui repose sur une vision positive. Concernant la rémunération des profs, j'aimerais vous répondre oui, mais il faut être conscient de la situation budgétaire du pays…


Doivent-ils travailler plus?
Ils doivent être davantage présents. Je défends l'idée qu'ils puissent avoir un bureau pour travailler. Les élèves devraient pouvoir frapper à leur porte.


Quatre soldats français sont encore tombés en Afghanistan. L'ancien ministre de la Défense que vous êtes préconise-t-il, comme François Hollande, de retirer les troupes au plus vite ?
Je dis à François Hollande qu'il faut avoir un discours à la hauteur de la responsabilité de la France dans le concert des nations. Nous sommes membres du Conseil de sécurité de l'ONU, nous sommes une des deux puissances militaires qui comptent en Europe sur un théâtre où 25 des 27 pays de l'Union sont engagés. Un message qui serait simplement de dire "on part le plus vite possible", ce n'est pas un discours d'un candidat à l'élection présidentielle d'une nation comme la nôtre. Je dis en revanche qu'il est temps, en effet, de partir, mais avec la transition la plus responsable possible.


A quelle échéance ?
Il faut engager le retrait progressif des troupes, mais en en discutant avec les acteurs de cette alliance militaire et en respectant le planning de l'Otan, qui prévoit la fin des opérations à la fin 2013.


Votre regard sur l'intervention française en Libye ?
Je l'ai approuvée. Mais si on a pu constater à quel point nos pilotes ont été compétents, je tiens aussi à signaler à ceux qui envisagent de réduire la voilure militaire que nous ne pouvions pas mener une telle action sans le soutien des Américains…


La question de l'internaute
Etes-vous favorable au mariage homosexuel et à l'ouverture de l'adoption homoparentale ?
Je suis contre le mariage mais pour un contrat donnant les mêmes droits civils et fiscaux. La France n'a pas besoin de s'ouvrir une guerre civile supplémentaire. Je suis en revanche favorable à l'homoparentalié, car on vit actuellement dans un régime hypocrite où on cache le conjoint ou la conjointe dans le placard.